Il y a ici deux Haoussa, nommés Ahmadou et Abd er-Rahman : le premier est de Yendi, le second d’Abéokouta ; j’ai souvent des entretiens avec eux sur les pays que je me propose de traverser.
Les Mandé désignent les Haoussa sous le nom de Marraba, et toute la région comprenant le Dagomba, Salaga, le Noufé, le Yorouba et le Haoussa sous le nom de Marrabadougou.
Je n’ai pu apprendre l’étymologie de cette appellation bizarre ; les Haoussa eux-mêmes ne la connaissent pas.
Ils parlent le haoussa entre eux, mais comprennent également le poul, le mandé et le mossi. Ahmadou parle aussi le nago. Ce sont des gens de ressource pour moi, malheureusement ils ne veulent pas m’accompagner. C’est auprès d’eux que j’obtiens les premiers renseignements sur Kong.
La date de la migration de ces Haoussa vers le Dagomba et le Yorouba ne leur est pas inconnue, ils m’ont dit qu’elle datait de quatre-vingts ans ; je pense qu’il faut la reculer vers 1802, époque des guerres du Cheikh Othman.
Ce sont ces Haoussa émigrés de leur pays qui fournissent des soldats aux troupes britanniques en garnison à Lagos et sur la côte.
Leurs diamou (noms de tribu) sont : Traouré, Touré, Sissi. Quoiqu’ils nient énergiquement tout lien de parenté avec les Mandé, il est évident qu’ils ont jadis appartenu à cette grande famille ; les noms de Traouré, Touré, sont des noms de famille mandé-dioula. Quant aux Sissi (Sissibé en poul, Sissellebaoua en haoussa), Barth en parle longuement à plusieurs reprises ; il affirme qu’ils sont également une subdivision de la grande famille Wangaraoua (mandé) à laquelle appartiennent les Soso et les Malinkés, et qu’ils ont oublié leur propre langue pour adopter soit le poul soit le haoussa. Quelques Sissi, habitant les districts orientaux de la province de Saberma, seuls, ont conservé leur idiome propre (le mandé) (Voy. Barth, édition allemande.)
Dans le Ouassoulou et dans la région Gangaran et Nouroukrou (Soudan français), nous retrouvons les Sissi sous le nom de Sissokho ; ces derniers se disent Malinkés, et ceux du Ouassoulou revendiquent le titre de Foula.
Dans la case de ces Marraba j’ai vu une petite fille captive du Yorobadougou, qui portait en guise de doroké (surtout) une sorte de fichu en coton à petites mailles de filet, dont le bas était garni de pampilles en coton de couleur. Cet ouvrage, que j’ai examiné de très près, est fort bien fait ; il est cependant facile de reconnaître sa fabrication indigène.
Ces Marraba ont dans leur cour quelques pieds d’une plante qu’on nomme saouaran. La racine de cette plante, pilée et arrosée de jus de citron, donne une teinture jaune d’or, très riche, qui ne passe pas au lavage quand elle est préparée de la sorte. Cette plante est, dit-on, fort répandue dans le Ouorodougou et a été rapportée de ce pays. La feuille, qui est du vert des feuilles de bananier, est lisse au toucher et a 25 à 30 centimètres de longueur ; chacune d’elles est supportée par une tige d’égale grandeur. La racine ressemble au gingembre et se casse facilement. L’intérieur est d’un jaune orange[34].