1er juillet. — Nous nous mettons en route de bonne heure, et, aussitôt après avoir traversé les ruines de Siracoroni, nous commençons à gravir les petites collines ferrugineuses qui bordent la rive droite du Niger. Le point le plus élevé qu’on atteint est à peine à 50 mètres au-dessus de la plaine ; arrivé sur le plateau ferrugineux, on voit cette ligne de collines se prolonger vers le nord-nord-est ; et au loin se dresser, en bonnet de police, le point culminant de cette région, le Talikourou, qui domine Dioumansonnah. Au pied de ces collines et sur l’autre versant, on voit les ruines de Kalaba, que nous traversons quelques minutes après. Kalaba, à en juger par ses ruines, était un très gros village ; son chef commandait sept villages aux environs. Ce pays, appelé Bolé, vivait en paix avec ses voisins, les Bambara Sokho et Samanké, qui composaient exclusivement sa population, et reconnaissait l’autorité d’Ahmadou de Ségou. Dans le courant de 1883, Kémébirama, qui s’appelait à cette époque Fabou, et qui est frère de l’almamy Samory, détruisit, le même jour, Banancoro, Sénou, Kola et Kalaba, dont le chef fut pris et décapité.
A côté de Kalaba coule un petit marigot où l’on voit encore des traces de rizières et le bosquet sacré des Bambara, remarquable par sa luxuriante végétation.
En quittant Kalaba, on traverse un grand plateau ferrugineux, boisé d’arbres rabougris, d’essences analogues à celles de notre Soudan ; par-ci par-là, il y a quelques beaux arbres, surtout près des ruines de Kola et près de Sénou.
1. Saba, rameau fructifère, feuilles et fruits. — 2. Ntaba (Sterculia), feuilles et fruits. — 3. Ban (Raphia vinifera). A. Portion de régime avec fruits. B. Feuille. C. Fruits. D. Graine.
Ce village, où je passe la journée, est une ruine dans laquelle il y a deux familles, en tout vingt personnes. Il n’y a ni poules ni bétail, et ces malheureux sont dans la misère la plus profonde ; la grande quantité de détritus de fruits parsemés partout prouve qu’il y a longtemps que ces malheureux se nourrissent exclusivement de ntaba, de saba et de ban.
Le ntaba, Sterculia cordifolia, est une sorte de ficus qui atteint les mêmes dimensions que la plupart des autres variétés de cette même famille ; ses feuilles, qui sont très grandes (de 20 à 25 centimètres), le font rechercher pour abriter les campements. Le fruit est une cosse en forme de croissant, il commence à mûrir en juin et renferme quatre ou cinq gros haricots à noyau d’une couleur rose ; ce noyau baigne dans un jus très sucré, dont les indigènes sont friands. Une double allée de ces arbres entoure le poste de Bammako.
Le saba, Landolphia, n’est autre que la liane-caoutchouc ; son fruit, qui est de la grosseur d’une belle pêche, renferme une douzaine de petits noyaux entourés d’une chair filandreuse, mais très juteuse. Les Européens préfèrent ce fruit au ntaba parce qu’il ressemble un peu comme goût à la cerise aigre.
Le fruit du ban, Raphia vinifera, ressemble par sa forme, ses dimensions et sa couleur à notre pomme de pin. Il est le fruit d’un palmier que l’on nomme ban en mandé.
Ce palmier ne pousse qu’au bord des marigots et dans les endroits très frais. Son fruit, qui vient en régime, renferme un noyau enveloppé d’une chair blanche très amère, que les indigènes mangent en temps de disette. Les branches, qui commencent au sol, sont employées à construire les charpentes des toits de cases, des paniers ou châssis servant aux transports, connus sous le nom de bouakha. Avec les feuilles, on fait des chapeaux, des nattes, des sacs à marchandises ; enfin, avec la branche sèche et fendillée, on fait d’excellentes torches. C’était la lumière dont nous nous servions généralement en route, tant pour nous éclairer le matin et charger les animaux que pour nous guider dans les fortes obscurités.