S’appuyant sur cette bonne raison, maître Basoma me faisait de temps à autre une calebasse de dolo. Ce jour-là, je recevais la visite de tous les vieux, qui, dans un coin de ma case, en buvaient un verre avec bonheur.
Tous les voyageurs ont décrit le dolo, je ne reviendrai pas là-dessus : c’est une bière faite avec du mil, du sorgho, du maïs ou du fonio. Dans les postes de notre Soudan où la ration de vin est insuffisante, beaucoup d’officiers en font leur boisson de table et ne s’en trouvent pas mal. Le dolo est connu dans l’Afrique entière. Les voyageurs le signalent dans l’Afrique orientale aussi bien qu’en Cafrerie, où il porte le nom d’n’chimmian. Tous les peuples s’en attribuent l’invention ; les Bambara disent que c’est une boisson mandé ; son invention remonterait fort loin et serait attribuée à une femme nommée Niabélé.
Aussi, quand les vieux bambara sont assis autour d’une grande calebasse de dolo, jamais ils ne portent aux lèvres le konsoro (petite calebasse à manche servant de verre) sans le promener circulairement au-dessus du vase en prononçant les paroles suivantes : « Niabélé n’soma ! Bamanao mousso, kabacoro ouossi », ce qui veut dire : « Niabélé encore ! Femmes Bambara, vos aisselles vont suer (car il vous faudra récolter beaucoup de mil) » ; cette dernière partie de la phrase est sous-entendue.
Les gens de Tiong-i, à défaut de dolo, préparent une boisson avec du tamarin et du piment. Avant chaque repas ils boivent une petite calebasse de cette boisson, qui est rafraîchissante et ne fait pas de mal aux Européens ; mais il faut cependant se garder d’absorber le fond de la calebasse, qui est trop chargé de piment et produit une légère inflammation des voies urinaires. On appelle cette boisson tombidji (eau de tamarin).
Basoma, mon hôte, est on ne peut plus superstitieux. Tous les jours je découvrais chez lui une nouvelle pratique plus bizarre encore que celle de la veille. C’est ainsi qu’il ne mettait jamais son pantalon sans cracher dedans, ne s’asseyait ni sur un tabouret, ni sur un banc, sans également y cracher. En se levant il ne manquait jamais de retourner son siège.
Beaucoup de ces pratiques sont des sentences mal appliquées dont les gens font usage sans savoir à quoi elles servent. C’est ainsi que le soir, dans les villages, on renverse les mortiers à piler le mil ; si vous en demandez la raison, on vous répondra invariablement : « Cela porte bonheur », ou bien encore : « C’est la coutume du pays ». La raison est tout à fait logique : on les retourne pour ne pas les laisser mouiller en dedans par la pluie ou la rosée et les empêcher de pourrir.
D’autres maximes ou sentences, qu’on pourrait réellement attribuer à des sages, sont appliquées aussi d’une façon bien originale.
En voici quelques exemples :
1o « Conserve toujours une grappe de sorgho dans ton grenier. » C’est-à-dire : « Sois prévoyant, conserve toujours quelques provisions ». Les Bambara observent ce sage précepte en suspendant dans leur case une grappe de sorgho, laquelle grappe donne au plus un kilo de mil et n’est renouvelée que tous les deux ou trois ans, quand on refait la case ou le toit.
2o « Ne passe jamais avec une marmite devant des gens sans t’arrêter près d’eux. »