Quand je me promène, tous les habitants me saluent par le mot Diarabasou (c’est le Diara du Sénoufo). Décidément ce surnom me suivra pendant tout mon voyage.
Je n’inspire pas la défiance à ces braves gens, mais quelques amis parlant le mandé sont venus me confier qu’il me fallait éviter de regarder dans les puits, quelques femmes craignant que je ne sois capable de jeter un sort au pays. On m’a également prévenu de ne laisser traîner aucun papier aux abords du village et de n’en faire usage sous aucun prétexte : c’est ainsi qu’une pièce d’étoffe offerte au chef et qui était munie d’une belle étiquette m’a été retournée. On ne l’a reprise que dépourvue de l’étiquette. L’explication de ce refus était pour eux bien simple : ils craignaient que l’étiquette et l’écriture ne leur portassent malheur.
Lundi 5 décembre. — C’était aujourd’hui grand marché : il régnait ici beaucoup d’animation. Pendant toute la matinée, des vendeurs et des acheteurs arrivaient en foule. A midi le marché battait son plein ; il y avait à ce moment un millier de personnes (acheteurs et vendeurs).
Voici, en tout, ce qu’il y avait en vente en chiffres ronds avec le prix de vente :
| Fr. | c. | ||
|---|---|---|---|
| 1000 kilogrammes de sorgho (principalement dubimbirri), valeur en cauries des 100 kilogrammes. | 5 | 60 | |
| 500 kilogrammes d’arachides,le kilogramme | 0 | 75 | |
| 500 kilogrammes d’ignames, lekilogramme | 0 | 15 | |
| 150 kilogrammes de sel (6 barres) (la barre 50 ba), prix dukilogramme, de | 3 fr. 50 à | 4 | » |
| 20 rouleaux de cotonnades dupays. Prix variables. | |||
| 20 kilogrammes de graines deda (chanvre indigène,) le kilogramme | 1 | 25 | |
| 60 kilogrammes de coton brut(je n’ai pu apprécier exactement le prix, mais il est cher). | |||
| 100 pièces de poterie(fabrication indigène). Prix divers. | |||
| 30 nattes ditesdébé, la natte. | 1 | » | |
| 200 kilogrammes de maïs, lekilogramme | 0 | 10 | |
| 20 kilogrammes indigo, etenviron 10 kilogrammes de tabac. | |||
Quelques couteaux, outils, stylets en corne pour les chevaux, aiguilles de fabrication indigène, pas d’étoffe du tout, pas d’articles européens. Tous les condiments connus y figuraient par petits lots, ainsi que de la viande en brochette.
Pas de bétail : il se vend tous les jours ; on s’adresse directement au propriétaire. La pièce de 5 francs en argent vaut (ba foula kémé dourou) 2000 cauries. Il y avait peu de beurre de cé ; il ne se vend pas ici en pain, c’est en boulettes de la grosseur d’une noix ; chaque boulette coûte deux cauries. A quatre heures, le marché est terminé, à peu près tout est vendu.
Une grande activité régnait autour des marchandes de maumi ou niomi, qui étaient au nombre d’une trentaine. On fait des niomi avec de la farine de fonio, de maïs, de sorgho, de toutes les variétés de mil et de riz. La farine est délayée la veille dans de l’eau, ce qui lui donne un goût un peu sûr ; on ajoute généralement un peu de farine de graine de coton. Une cuillerée de cette pâte liquide placée dans une petite soucoupe en terre avec un peu de beurre de cé est mise sur un feu vif ; la galette ainsi obtenue se nomme niomi. Les femmes en confectionnent de grosseurs variables, dont le prix est de 2, 3, 4 ou 5 cauries. Avec la farine de soso (haricots) on fait ici des beignets frits dans de grosses marmites en terre pleines de beurre de cé ; on les nomme, en sénoufo, tenteng-o.
Quand on réussit à s’accoutumer aux niomi, c’est une grande ressource pour l’Européen voyageant dans ces régions, car le matin, avant le départ des villages, on trouve presque toujours à en acheter, et l’on évite ainsi de partir à jeun ou simplement avec un verre de thé sans sucre.
Il se tient aussi un marché quotidien, où l’on trouve surtout des condiments, du sel ou du bois. Le bois est coupé en bûches régulières de 80 centimètres de longueur environ et d’un équarrissage de 5 à 6 centimètres ; il se vend à très bon marché.