J’ai vu deux comestibles que je ne connaissais pas : le premier est un tubercule ressemblant par la grosseur et la pelure à la pomme de terre ; il se nomme donna en sénoufo. On le mange cuit à l’eau. L’intérieur, d’un blanc verdâtre, ressemble comme goût à la pomme de terre venue en terrain humide. La chair est plutôt aqueuse que farineuse. J’ai trouvé ce légume inférieur à l’igname. Il ne m’a pas été possible de voir des plants, ni même des feuilles. Sa culture semble s’être localisée à Fourou et aux environs.
Le deuxième est une sorte d’arachide qui vient sans coque. L’intérieur est un peu laiteux et sucré. Ce fruit ne ressemble en rien au haricot arachide. On le nomme en sénoufo mouné et en mandé ntokho. Je n’ai encore rencontré aucune culture de ce nouveau comestible ; il n’y en a pas à Fourou même, mais dans les villages des environs.
En résumé, ce village offre de grandes ressources, et l’on peut y vivre à des prix raisonnables. Un beau bœuf coûte 40 francs, un mouton 10 francs, un poulet 1 franc, les œufs 5 centimes, le miel brut 2 fr. 50 le kilo. Mon convoi se compose encore de 10 personnes, 13 ânes et 2 bœufs porteurs. J’arrive ici à le nourrir convenablement, avec viande, sel et mil pour animaux, à raison de 5 fr. 50 par jour.
Quelle différence avec les pays ruinés que je viens de traverser ! Quand je songe qu’à Ouolosébougou, le riz ou le mil seul pour moi et mes hommes me coûtait 12 francs par jour, sans viande, sans sel, et pas de mil pour les animaux. Qu’aurait pensé Barth, qui, à Dôre, se récrie sur la cherté des vivres et dit qu’il dépense tous les jours 400 cauries (40 centimes)[37] pour la nourriture de ses trois chevaux !
Mais une des grosses ressources de Fourou pour l’Européen est sa production d’ignames. Il en existe une quinzaine de variétés plus ou moins farineuses ou filandreuses. Certaines ne sont bonnes que cuites à l’eau et au sel, d’autres grillées, etc. C’est une racine très nutritive. Elle peut se manger en ragoût, en purée ou encore sautée au beurre. On en fait aussi d’excellents gâteaux.
Les indigènes mangent surtout l’igname bouillie et pilée avec une sauce de to (lakh lalo des Wolof) au piment, à l’oseille, à la feuille de baobab ou de haricot, etc.
Quand l’Européen arrive à s’assimiler cette préparation, il est sauvé, car l’igname et la patate sont quelquefois difficiles à digérer pour les estomacs un peu débilités.
Fourou et ses deux villages alliés (Lolé et Garamoukourou) avaient été pendant bien longtemps indépendants, grâce à leur situation géographique, qui leur donne pour limites : à l’ouest et au sud, le Bagoé ; au nord et à l’est, une grosse rivière, le Banifing. Ce dernier cours d’eau traverse une large bande de terrain dont les villages, situés à l’extrême limite des États de Tiéba, ont été rarement mêlés aux luttes qui se soutenaient entre Tiéba et Pégué, le chef de Niélé.
Iawakha doit se faire craindre aux environs, et les gens de Fourou ont gardé la réputation de n’être pas commodes.
Depuis le commencement de la guerre avec Tiéba, Samory a fini par gagner l’amitié du fils du chef de Fourou, grâce à quelques cadeaux de captifs et surtout en lui donnant le titre pompeux de fils de roi, ce qui flatta son amour-propre. Nason est un jeune homme de vingt-quatre ans ; il a influencé son père, qui est très âgé, et bientôt est survenue une sorte d’accord entre lui et l’almamy, qui, en échange d’une neutralité, promit de laisser vivre en paix les gens de Fourou et de ne pas toucher à leurs biens.