Mais ce qui semblerait prouver que ces noms de famille sont empruntés aux Mandé, c’est qu’aucun de leurs prénoms n’est identique à ceux des Mandé.

J’en cite quelques-uns :

GarçonsFilles
Sirigui,Gniré,
Lougouna,Zellé,
Ji,Nion,
Tiébourico (commun aux deux sexes),Niama,
Nabakha,Béré,
Nason,Bouddou, etc.
To,
Iawakha,
Pégué.

Les Siène-ré semblent avoir de tout temps habité à peu près le pays qu’ils occupent en ce moment ; ce qui me fait penser cela, c’est qu’ils désignent le nord par le mot Soummou-Klou (pays du sel) et le sud Ourou-Klou (pays des kolas). Ils ont donc dû, de tout temps, habiter un pays intermédiaire entre celui du sel et du kola, puisqu’ils ne possèdent pas d’autre terme pour désigner le nord et le sud.

Leur véritable nom est Siène-ré, mais les Mandé les appellent Siénou-fo ou Sénoufo, ce qui veut dire : ceux qui disent siène, quand ils désignent un homme. C’est pour la même raison que les Mandé appellent le peuple qui habite aux abords de Bobo-Dioulasou : Tiéfo (c’est-à-dire qui disent tié, pour désigner l’homme).

Leur langue, dont je rapporte les éléments nécessaires pour la construction d’un petit essai de grammaire, est encore presque monosyllabique. Elle commence à peine à s’agglutiner. On y trouve quelques mots empruntés au mandé, mais ce ne sont pas des mots de première nécessité : ils ne s’y sont introduits que par les relations commerciales qu’entretiennent les deux peuples, et peut-être même au moment où ils étaient tributaires de ce dernier peuple pendant les règnes de Konkour Moussa et de Souleyman. (Voir [appendice V]).


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24 décembre. — Le prix des denrées a considérablement augmenté : les diverses variétés de mil valent le double d’il y a quinze jours ; cela tient à ce que le peu de récolte des pays de l’almamy est déjà consommé. On vient acheter ici depuis Saniéna, Bénokhobougou et le Sibirila. Si Sikasso tient encore deux ou trois mois, l’almamy va se trouver dans une terrible situation : la récolte des derniers mils (du sanio) vient seulement de se terminer et le manque de vivres se fait déjà sentir dans son pays.

26 décembre. — J’ai fait aujourd’hui une longue excursion. Je voulais, tout en chassant, visiter un petit massif montagneux situé à 6 kilomètres dans l’est. Le point culminant de ce groupe de hauteurs a 510 mètres d’altitude (120 mètres au-dessus du Fourou). On est bien dédommagé de sa fatigue par le beau panorama qui se déroule tout autour de soi.

A l’ouest on suit facilement le cours du Bagoé, avec toutes ses sinuosités. Au sud et à l’est on aperçoit une série de collines boisées, entrecoupées de petites vallées où serpentent des ruisseaux qui n’ont presque plus d’eau, mais dont les abords sont pleins de verdure. Au nord on entrevoit vaguement la vallée du Banifing, qui arrose le pays des Samokho. Ces collines sont constituées d’un grès rouge brun très dur, veiné de blanc. Un amas de blocs de même nature, à moitié désagrégés par les intempéries, couronne leurs sommets presque coniques.