Les ruisseaux qui prennent leur source dans ce petit massif ont érodé fortement les ravines. Sous une couche peu épaisse de grès provenant des éboulis qui se sont désagrégés du sommet, apparaît du beau calcaire, dont je rapporte quelques échantillons. Entre quelques strates se trouvent des veines d’une ocre jaune très fine.

La présence du calcaire dans les environs de Fourou me paraît être une des causes de prospérité pour la région, en ce sens qu’il favorise l’élevage du bétail, qui peut ainsi se passer de sel.

Je comptais apercevoir et recouper les sommets du massif montagneux Kourala-Natinian, mais, à cette époque de l’année, le temps est un peu brumeux et l’horizon n’est pas net. Le soleil se lève vers le sud depuis le commencement de décembre ; ce matin il s’est levé presque au sud-est (est 32° sud).

1er janvier 1888. — J’ai commencé la nouvelle année en priant Dieu de continuer à me conserver la santé, et de me faire sortir du pays de Samory, afin de mener à bonne fin la mission qui m’a été confiée. Dès six heures ce matin, mes hommes, prévenus par Diawé, sont venus me souhaiter la bonne année ; tous avaient mis leurs vêtements propres, et mon intérieur présentait un air de fête ; ces pauvres noirs n’ont pas fait de phrases et m’ont dit simplement qu’ils seraient tous contents de me voir gagner un chemin et de conserver une bonne santé.

J’ai profité de cette petite entrevue pour leur remonter le moral. Ils n’ont pas confiance en l’avenir, mieux que moi ils s’aperçoivent qu’on nous leurre et que les secours ne viendront pas du côté de l’almamy. Quelques-uns ont le mal du pays et disent tristement qu’il ne nous reste plus qu’à retourner à Bammako.

Quelques paroles bien senties, un beau costume neuf à chacun et quelques milliers de cauries les comblent de joie ; le soir ils ont tout oublié, leur courage est revenu ; comme moi, ils espèrent.

3 et 4 janvier. — Le bruit court que des cavaliers de Tiéba ont été vus en nombre à Gouéné et qu’ils veulent tenter une razzia sur Fourou ; pendant ces deux jours, personne ne va dans les champs, ni chercher du bois. Je commençais déjà à être inquiet pour ma future route à suivre, lorsque, le 4 au soir, j’eus l’explication de cette rumeur par l’arrivée de vingt nouveaux sofa. Comme une bonne partie de la population ne voit ce protectorat de Samory qu’avec défiance, on use de tous les moyens pour lui faire accepter la nouvelle charge que Samory lui impose, car il va falloir non seulement loger ses soldats, les nourrir eux et leurs captifs, mais encore envoyer des convois de vivres à la colonne !

Toumané.

En même temps que ce renfort, arrivaient les envoyés de Pégué de retour de Sikasso ; ils sont restés onze jours à la colonne et reviennent avec quelques cadeaux pour leur maître, parmi lesquels je vois figurer divers objets et étoffes offerts par moi à Samory.