Ce n’est que le lendemain 5 que je reçois leur visite. Le vieux Ouattara me dit que l’almamy ne lui a pas parlé de moi. « Mais, ajoute-t-il, ceci ne fait rien, je te donne ma parole de te mener à Niélé dans deux ou trois jours ; nous partirons ensemble. »

Malheureusement les choses n’allèrent pas si rondement qu’on pourrait le supposer. Toumané, le chef des sofas, ne m’avait fait venir ici que dans l’espoir de s’approprier de mes armes, des étoffes et autres articles, espérant me les échanger contre des captifs. Il n’était pas un jour où ce triste personnage ne vint me proposer de lui acheter un ou deux captifs. Je le renvoyais sans le froisser, lui conseillant de convertir sa marchandise humaine en cauries en promettant de lui vendre tout ce qu’il désirerait contre cette monnaie.

Comme Toumané n’arrivait pas à se défaire avantageusement de ses captifs, sous un prétexte quelconque il retardait tous les jours le départ des gens de Pégué, afin de retarder le mien aussi.

Sur les instances des gens de Pégué, qui, comme moi, étaient désireux de quitter Fourou, je dus céder à Toumané, pour un prix dérisoire (quelques milliers de cauries), les marchandises qu’il convoitait. Il m’imposa en outre un compagnon de route qui devait me servir de guide et me faciliter mon passage à travers le pays Pomporo. Il me fallut donner aux femmes du guide des cauries et des marchandises pour se nourrir pendant l’absence de leur mari. Comme on le voit, ma sortie des États de Samory fut loin d’être gratuite.

Le départ, qui avait été fixé au 8, fut de jour en jour retardé jusqu’au 12. Le 11 au soir, je me rendis chez Toumané pour lui dire que je ne retarderais plus mon départ et que j’étais décidé à partir le lendemain avec ou sans son assentiment ; le vieux Ouattara en fit autant de son côté, et Toumané nous affirma que nous nous mettrions en route le lendemain.


CHAPITRE V

Départ de Fourou. — Les frontières de Samory. — Enterrement siène-ré. — Dioumanténé. — En route pour Niélé. — Un incident de route. — Tiéba et son histoire. — Ses États. — Ngokho. — Un peu d’histoire ancienne. — Itinéraires. — Les ruines du vieux Niélé. — Le baobab. — Je tombe malade. — Séjour aux togoda. — Vêtements et mœurs des Siène-ré. — Cadeaux à Pégué. — Pégué et les sorciers. — Histoire du Follona de Pégué. — Niélé et son marché. — Départ pour le pays de Kong. — Oumalokho. — Un musulman qui m’attendait. — Arrivée à Léra. — Les Mbouin(g). — Arrivée chez Iamory. — Lokhognilé. — Les Karaboro. — Les Dokhosié. — Le Comoé. — Arrivée chez Dakhaba. — En vue de Kong.

12 janvier 1888. — Nous quittons Fourou un peu avant sept heures ; comme à Tiong-i, une partie du village vient me faire ses adieux. Je pris la route de Niélé sans m’inquiéter du guide, qui n’était pas là. Toumané me disait d’attendre quelques heures : le guide allait venir, j’allais certainement m’égarer, selon lui.

Décidé à marcher, je n’hésitai pas à poursuivre ma route, accompagné du vieux Ouattara, qui ne manquait pas à sa parole. J’atteignis bientôt un tout petit village nommé Kadiolini. Quelques habitants étaient assis sous un abri à l’entrée du village et causaient entre eux. J’arrêtai là mon convoi pour le laisser reposer quelques instants et bientôt le chef du village vint m’apporter deux grandes calebasses de lait caillé et un peu de mil.