Comme Katon, Dioumanténé se trouve sur le grand chemin Mbeng-é-Ngokho-Sikasso, ou Tengréla-Ngokho-Sikasso. Dans ce dernier cas, le passage du Badié (Bagoé) a lieu à Kanakono. Toute cette région que je viens de traverser se nomme Pomporo ; elle est limitée au sud par le Badié et au nord par le Samokhodougou. Le fond de la population est Siène-ré, mais partout il y a de nombreux Mandé-Dioula fixés dans les villages ; ils semblent même jouir ici d’une grande influence. Le Pomporo est une conquête récente de Tiéba ; il y a cinq ans encore, ce petit pays était soumis à un chef qui résidait à Dioumanténé ; actuellement, par sa position neutre entre Tiéba et Samory, le Pomporo se tient sur une certaine réserve : si Samory prend Sikasso, ils se diront ses amis ; dans le cas contraire, ils resteront sujets de Tiéba quoiqu’ils ne soient pas absolument ses partisans, ce dernier ayant, lors de la conquête, ravagé et saccagé tout le Pomporo.
Samory, du reste, leur fait actuellement des avances, un peu par crainte, car ce pays est encore relativement très peuplé, et aussi pour se ménager une communication avec Pégué, dont il recherche l’alliance, comme je l’ai dit plus haut.
Au nord du Pomporo et entre ce pays et le Kénédougou se trouve le Samokhodougou (ou pays des Samokho).
Ce territoire est arrosé par une assez grosse rivière (d’une quinzaine de mètres de largeur), qui d’après les indigènes prendrait ses sources, d’une part vers Tiéni, et d’autre part vers Loufiné.
A Loufiné elle doit être déjà assez forte, ou bien alors elle aurait l’étendue d’un marais, car ce village fournit beaucoup de poissons secs.
Un Haoussa établi à Tiong-i m’avait affirmé que l’on pouvait communiquer en embarcation de la rivière de Loufiné-Pananzo et par conséquent du Bagoé (affluent du Niger) avec la rivière de Léra.
Je n’ai jamais pu savoir rien de précis à ce sujet ni obtenir une confirmation. J’ai donc cru prudent de ne pas figurer sur ma carte un marais d’où sortiraient les sources communes de deux cours d’eau aussi importants, dont l’un aurait un cours sensiblement sud-nord et l’autre nord-sud. Ce serait assez invraisemblable.
Il s’agissait pour moi, à mon arrivée à Katon et à Dioumanténé, de traverser vivement la zone séparant les États de Samory du Follona.
De la rapidité de ma marche dépendait tout le succès de mon entreprise. Il aurait donc été dangereux pour le succès de mon voyage d’aller me jeter dans la région où les hostilités étaient ouvertes et de faire une apparition à Loufiné ; c’est la seule raison qui, à mon grand regret, m’ait empêché de vérifier un fait qui, s’il existe, ne serait pas d’une médiocre importance pour l’avenir de ce pays et notre pénétration.
Dans cette enclave ne sont fixés que des Samokho. J’en ai vu quelques-uns à Fourou ; ils parlent un dialecte particulier dont je me promets de prendre un vocabulaire à Niélé si j’en ai l’occasion. Dès maintenant je puis dire que dans les dix premiers noms de nombre j’en ai trouvé cinq identiques ou offrant de l’analogie avec les noms sonninké.