Leurs noms de tribu sont Kouloubali et Sokhodokho.

S’ils ne sont pas de même origine que les Sonninké, ils ont au moins vécu longtemps en leur contact ; cependant ils n’ont plus depuis longtemps aucun rapport avec ces derniers : il est absolument impossible à un Sonninké et à un Samakho de se comprendre, on n’arrive à trouver des racines identiques qu’après une étude scrupuleuse de leur langue. Je croyais ce peuple plus nombreux qu’il ne l’est réellement : il comprend à peine une quarantaine de villages. On m’a affirmé qu’ils étaient apparentés avec les Sommo, ou Songho, ou Samokho, qui habitent le nord du Dafina (depuis mon passage dans ce dernier pays j’ai reconnu que j’avais été induit en erreur : le peuple dont il s’agit fait partie du groupe mossi-kipirsi-gourounga, tandis que les Samokho du pays de Tiéba se rattachent au groupe mandé).

Pendant mon séjour à Fourou j’ai vu quelques femmes samokho ; elles ont les traits assez fins, on y trouve une vague ressemblance avec les Sonninké des environs de Bakel. Quant aux jeunes gens, ils sont généralement sveltes et élancés. A Fourou ils exercent, la spécialité de coiffeur pour dames ; ils excellent aussi dans l’art de tatouer le ventre et les seins des jeunes filles.

Dioumanténé se compose de trois grands villages, dont la population totale est supérieure à celle de Fourou : elle doit dépasser trois mille habitants. Les environs sont couverts de ruines, qui étaient toutes habitées avant la conquête du Pomporo par Tiéba.

Le vieux Ouattara et le guide, qui nous a rejoints la veille en route, me dirigent sur le village du centre, où ils ont des amis.

Mon arrivée, annoncée la veille, a mis toute la population sur pied, et tout le pourtour du tata est couronné de têtes ; des gamins sont perchés sur les banans du village et quantité de femmes sont juchées sur les argamaces des cases.

La place du marché, sur laquelle je fais camper mes hommes, est très grande et ombragée de trois grands bombax et de deux banians. Pendant que j’installe sommairement le campement, deux musulmans de Djenné et de Sambatiguila me préparent une bonne case donnant sur la place et de laquelle je puis surveiller mon campement.

Sur la place du marché même se trouve un petit bassin d’une eau très claire couverte de nénuphars ; il est alimenté par une source qui sort de blocs de grès ferrugineux. Des canards, de l’espèce dite canard de Barbarie, prennent leurs ébats dans ce petit bassin, et des bandes de pigeons domestiques viennent y boire. Si ce n’était la grande chaleur et toutes ces faces noires, on se croirait dans quelque village de France.

Des pintades grises au ventre blanc rappellent de tous côtés ; comme en France, elles sont un peu vagabondes ; on les voit perchées sur les toits et sur le mur du tata ; de temps en temps, effrayées par les vautours, elles viennent s’abattre au milieu des cases, renversant les calebasses et faisant voler la farine de mil de tous côtés, au grand désespoir des ménagères noires.

A cause de leur humeur demi-sauvage les Siène-ré font couver les œufs de pintades par les poules, qui s’éloignent moins du village et les élèvent avec plus de sollicitude.