Arrivée à hauteur du chemin de ravitaillement, la tête de notre petite colonne aperçoit sur la gauche un cavalier et quelques hommes armés ; la panique s’empare de ces pauvres gens, qui s’arrêtent et posent leurs charges pour se sauver. Cette terreur se propage jusqu’à l’arrière-garde. Diawé, mon domestique, aidé des âniers, rétablit l’ordre et menace de tirer sur ceux qui chercheraient à se sauver.
Tout ce monde a ralenti l’allure et n’avance que par crainte de nos hommes. Bientôt nous croisons le cavalier : c’est tout simplement un galopin qui reconduit un cheval malade à Mbeng-é. Ses cinq compagnons de route s’arrêtent pour me voir passer et font quelques réflexions sur ma monture et mon ombrelle.
Ils reviennent de Sikasso, disent-ils, et retournent à Mbeng-é. D’après eux on entre et sort comme on veut du village assiégé. La situation devant Sikasso ne s’est donc pas modifiée à l’avantage de Samory.
Quelques heures après, nous campions en halte gardée sur la rive gauche d’une jolie petite rivière à eau limpide ; elle coule vers le sud et passe près de Mbeng-é. Actuellement, il n’y a qu’une vingtaine de centimètres d’eau dans la rivière, mais en hivernage son passage n’est pas commode, à cause de la rapidité de son courant et de l’escarpement des berges. D’après mes informateurs indigènes, cette rivière serait une des sources du Bandamma (rivière de Lahou). Après avoir arrosé le Follona, elle entrerait dans le Kouroudougou. Jadis cette rivière servait de frontière entre les États de Fan, père de Pégué, et le Pomporo. C’est là que se terminent les États de Tiéba.
★
★ ★
Tiéba, le souverain qui a placé sous sa domination toute la région comprise entre les États de Samory et ceux de Kong, est un Mandé-dioula-Traouré, originaire du Follona. Son père se nommait Daoula et dans l’origine était chef du village de Daoulabougou, situé à une étape au nord de Sikasso.
Quelques expéditions heureuses contre des villages inoffensifs des environs le placèrent bientôt à la tête de plus nombreux contingents, avec lesquels il razzia successivement le Menguéra, le Follona et tout le Kénédougou.
Il mourut en 1877, laissant cinq fils et une fille, nommée Mômo. Tiéba était le plus jeune de ses frères, mais il était aussi le plus remuant : il trouva bientôt l’occasion de se faire acclamer comme successeur de son père, à la suite d’une campagne dans le Mienka, où il battit l’ennemi une première fois entre Ouattara et Djitamana, et une seconde fois près de Tiéré.
En 1882, Tiéba, de concert avec Niamana, père de Niakhalemba, chef actuel de Mbeng-é, ravagea une partie du Follona, battit Fan, père de Pégué, et fit détruire sa capitale Niélé (ou Nouélé).
En 1883, Tiéba fit la conquête de la partie du Ganadougou située à l’est de Bagoé et tua Dansénou, chef de ce pays, résidant alors à Kounian (rive droite du Bagoé).