Les deux villages les plus importants du Moro sont Papara et Kanakono, tous les deux situés sur la rive gauche du Bagoé. Ce sont des points de passage connus, où il se tient aussi des marchés.
Le Niéné est la province qui sépare le Kantli et le Moro du Ouorodougou. Ces centres principaux sont Kotou et Bong.
J’aurais bien voulu visiter cette région : elle doit être féconde en légendes, si précieuses aux voyageurs pour la reconstitution de l’histoire des Mandé. C’est dans ce triangle Ngokho-Mbeng-é-Bong que se sont conservées à peu près sans altération les coutumes bizarres révélées par les historiens arabes qui ont décrit le pays des noirs.
Nous y trouvons l’usage du tam-tam dit daba dont nous parle El-Békri. Ce tam-tam est un long morceau de bois creusé recouvert d’une peau. Sa forme est spéciale ; il est porté horizontalement, suspendu au cou, et l’on en joue en le frappant de la main et jamais avec une baguette.
Chaque fois que l’on fait usage du daba, tout le monde doit se prosterner devant lui.
A Bong, à Kotou et dans quelques autres villages au sud de Tengréla sur la route du Ouorodougou, chaque village possède un daba, mais chez les Siène-ré on le nomme dioulloua tallan. Ce tam-tam est soigneusement conservé dans une case spéciale dans laquelle ne pénètrent que les anciens du village ; il n’est retiré et mis en service que pour des cérémonies importantes, pour la mort d’un chef ou d’un personnage influent. Les indigènes disent qu’à l’aide de ce tam-tam les anciens peuvent donner des ordres qui ne sont compris que des initiés. D’après mes informateurs ce langage ne se réduirait pas à une série de batteries conventionnelles, mais on pourrait exprimer tout ce que l’on veut à l’aide de cet instrument.
Ceci me paraît plus que douteux, car dans ce cas il faudrait se servir d’un alphabet. Si ces gens-là connaissaient l’arabe, ce serait très facile, puisque chaque lettre a une valeur numérique, mais cette population est tout à fait illettrée, et je crois que ce n’est qu’à l’aide de batteries de convention qu’on peut donner des ordres. Cet instrument, tout en faisant simplement l’office d’un tam-tam ordinaire, a conservé quelque chose de mystique qui fait dire aux indigènes : « Le daba est un instrument qui parle ».
3o Le Follona est un vaste pays compris entre le territoire des Mboin(g), le Tagouano, le Kouroudougou, le Ouorodougou et le pays de Tengréla ; son organisation politique était à peu près semblable à celle du Bélédougou.
Les petites confédérations étaient très nombreuses ; les plus importantes seulement ont subsisté jusqu’aujourd’hui, ce sont celles de Niélé, de Ngokho et de Mbeng-é.
C’était un pays très prospère, à en juger par les nombreuses ruines que l’on y rencontre, et sa décadence n’a commencé qu’il y a une vingtaine d’années, à l’époque où Daoula, père de Tiéba, a commencé à fonder son empire.