Alternativement alliées ou ennemies de ce dernier chef, ces confédérations ont fini par se ruiner mutuellement, en guerroyant entre elles.

En 1883 Niamana, chef de Mbeng-é, s’allia à Tiéba pour marcher contre Fan, père de Pégué ; ce sont eux qui ont détruit le premier Niélé.

A Niamana succéda Niakhalemba, sur lequel Pégué se vengea en mettant à sac Mbeng-é, sa capitale.

A Niakhalemba succéda Zibbo, qui est encore actuellement chef de Mbeng-é. Pour éviter le retour de pareils revers, il s’est étroitement lié à la fortune de Tiéba, dont il reconnaît le protectorat et auquel il fournit des contingents et paye tribut.

Ngokho, qui était resté un peu en dehors de ces luttes, fut pris et détruit par Tiéba en 1884, et forcé de reconnaître le protectorat. Tiéba laisse gouverner Ngana, chef de Ngokho, comme il l’entend, mais, ainsi que Zibbo, chef de Mbeng-é, il fournit des contingents et paye tribut.

Ngokho ou Ngogo, d’après mon informateur, serait la plus vieille ville que l’on connaisse par ici. Jadis elle était capitale et composée de deux villes ; celle où habitait le roi s’appelait Nsogona, Nansogona ou Nséguéna. Autour de cette ville il y avait de nombreux bosquets sacrés.

Le roi avait beaucoup de grands chiens qui portaient des colliers à sonnettes en or. Des captifs désignés spécialement ne s’occupaient que d’eux. Maintenant tout cela n’existe plus : les hommes de Nsogona sont venus il y a longtemps dans Ngokho et l’emplacement même de Nsogona a presque disparu. Les chiens aussi sont morts depuis longtemps et il n’y a plus rien de particulier à Ngokho, si ce n’est que dans certaines fêtes les vieux vont chercher un grand tam-tam long, devant lequel les femmes se voilent la figure avec leur pagne et se prosternent comme pour faire le salam. Ce tam-tam est appelé, à Ngokho, daba.

Ce mot daba ne m’était pas inconnu : en cherchant dans mes notes extraites des auteurs arabes je l’ai retrouvé dans celles qui concernent Ghana.

Cette description de Ghana (extraite d’El-Békri) ressemble en beaucoup de points à ce que mes informateurs m’ont raconté de Ngokho.

Je trouve par exemple que Ghana était composée de deux villes. Celle qui est habitée par le roi est à six milles de l’autre et porte le nom d’El-Ghaba, الغاب (le bocage, la forêt). N’est-il pas curieux de voir que Nsogona veut dire en siène-ré « dans la brousse » ?