« Les autres cités ne peuvent ni ne doivent égaler celle-ci quant à la civilité. Beaucoup de vivres, mais ni vin, ni fruits ; terroirs fertiles en melons, citrouilles, concombres et riz.
« Plusieurs puits et une grande place. Sur le marché on vend des esclaves.
« Le roi tient en un palais écarté une infinité de concubines, esclaves et eunuques ; il a aussi une garde d’infanterie et de cavalerie entre la porte secrète et publique de son palais.
« Le sel se vend plus chèrement que toute autre marchandise.
« Le royaume renferme beaucoup de villages et de hameaux. Les gens sont vêtus de peaux de brebis et ont les parties honteuses couvertes de linge.
« Ce sont des gens fort ignorants, tellement qu’on pourrait cheminer par l’espace de cent milles sans trouver aucun qui sait lire ni écrire, au moyen de quoi le roi leur use un tel traitement que leur lourdise et grosse ignorance le mérite, leur laissant si peu, qu’à grande difficulté peuvent-ils gagner leur vie pour les grands tributs qu’il impose. »
D’après le dire de Léon, nous pouvons inférer que le Gago dont il parle est bien le même que le nôtre. Ce qui tendrait à le démontrer, c’est que la distance de 400 milles dans le midi de Tombouctou concorde assez exactement avec la distance qui sépare ces deux villes. Tombouctou est par 16° 50′ de latitude nord, et Ngokho par 10° 19′ ; la distance à vol d’oiseau entre Tombouctou et Ngokho est d’environ 750 kilomètres, et Léon l’estime à 400 milles italiens (dont, dit-il, 2 et demi font une lieue commune en France). La distance concorderait donc à 100 kilomètres près.
Un autre point très important, c’est que Léon dit que le sel se vend à Gago plus chèrement que toute autre marchandise. C’est tout ce qu’il y a de plus vrai : Gago est, par son emplacement, situé dans la région où le sel atteint le prix le plus élevé du Soudan. Notre Ngokho est bien le Gago de Léon.
C’est dans les États de Tiéba et la région que nous venons de décrire que se trouve le nœud orographique le plus important de la boucle du Niger. Nous le nommerons : massif Natinian-Sikasso.
Il est constitué par une série de plateaux et de mamelons ayant un relief maximum de 400 mètres sur le terrain environnant. La plus forte cote est celle du pic de Faramisiri, qui atteint 780 mètres, tandis que la plaine n’est qu’à 340 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les sommets des mamelons sont ou arrondis ou en forme de bonnet de police. Leur structure géologique est formée de grès gris et d’argile sablonneuse fortement mélangée de granules de fer. L’action des pluies a désagrégé les flancs de quelques-unes de ces hauteurs et produit des éboulis de grès qui enserrent leur base. Les flancs et le sommet sont couverts de végétation ; seul le pic de Faramisiri est complètement dénudé. Vers le sommet, de loin, il a l’aspect d’une antique forteresse.