D’autres chemins moins importants sillonnent cet admirable pays. Après toutes les vicissitudes qu’il a traversées, c’est un de ceux qui m’ont paru des plus prospères et des plus dignes de notre attention.

Sikasso, par sa position au centre du massif orographique de cette région et à la naissance de toutes les vallées qui vont rayonner par les quatre points cardinaux, nous semble tout indiqué pour devenir le siège d’un commandement important et l’emplacement désigné pour recevoir un fort, dès que l’on voudra résolument poursuivre l’œuvre de pénétration.


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Nous quittons la petite rivière (le Bandamma) vers deux heures et demie ; partout, aussi loin que la vue peut s’étendre, on ne distingue que des ruines dont la présence se trahit par des groupes de gigantesques baobabs. Les ruines sont trop nombreuses pour être toutes relevées. Quoique chacune d’elles ne puisse contenir qu’une ou deux familles, la densité de la population devait être très grande. Depuis Dioumanténé ce ne sont que rizières et cultures de mil abandonnées ; partout les petites levées de terre qui endiguaient les rizières et les sillons des champs de mil subsistent encore. Dans la soirée on aperçoit, dans le sud-est, le sommet bleu d’une petite montagne que les indigènes m’ont nommée Oumalokho konkili (montagne de Oumalokho). Vers quatre heures nous traversons un marécage d’une cinquantaine de mètres de largeur où il y a encore 1 m. 20 d’eau et de vase, enfin deux heures après, à la nuit tombante, nous campons dans un endroit découvert, non loin d’un petit bas-fond où il y a un peu d’eau. Le baromètre me donne au campement 455 mètres d’altitude.

Maintenant que nos hommes y sont bien habitués, l’établissement du campement se fait sans que j’aie besoin de m’en mêler. En un clin d’œil les bagages sont rangés en fer à cheval sur de grosses pierres, pour les préserver des termites. Les animaux, entravés, sont menés brouter aux abords du camp. Des hommes vont chercher du bois pour les feux de nuit, tandis que d’autres et les femmes se mettent en devoir d’allumer des feux de cuisine et de préparer le riz ou les ignames.

Mon domestique établit ma natte sur une brassée de feuilles et de rameaux. Un pagne en coton me sert de drap, une couverture en laine sert à me couvrir au petit jour, quand il fait froid. La peau de bouc constitue l’oreiller. La moustiquaire est l’objet le plus utile dans ce pays ; elle préserve non seulement des moustiques, mais, bordée en dessous de la natte, elle empêche les fourmis, araignées, scorpions et autres animaux de vous atteindre. Elle préserve en même temps de la rosée.

Mes hommes ont pris la bonne habitude de débarrasser le camp et ses abords des herbes et de balayer soigneusement l’emplacement sur lequel nous couchons, afin d’éviter les serpents. Une autre bonne précaution consiste à ne pas apporter dans le camp des bois morts sans les avoir au préalable secoués et jetés par terre pour en faire sortir les animaux nuisibles qui auraient pu se loger dans les creux.

A neuf heures du soir tout le monde dort généralement, sauf les deux hommes qui veillent ensemble à notre sécurité. Comme j’ai le sommeil excessivement léger et que le moindre bruit me réveille une fois les deux premières heures de sommeil passées, je suis tout à fait à mon aise et presque reposé : il ne m’en coûte pas de faire trois ou quatre rondes pendant la nuit.

Pour moi, je préfère le campement au logement chez l’habitant. On tient son monde mieux dans la main en cas d’attaque, on peut facilement éviter les surprises. Enfin je trouve qu’il est beaucoup plus sain de camper en plein air à côté d’un bon feu, que de dormir dans des cases dont la propreté laisse à désirer, qui sont infestées de vermine, et où en cas d’incendie toutes nos ressources seraient brûlées.

La fièvre paludéenne vous atteint surtout dans les villages. J’ai déjà eu occasion de dire que la terre qui sert à faire les cases en pisé renferme des quantités de matières végétales et des détritus de toutes sortes qui, en pourrissant et en fermentant, dégagent de mauvais germes.