Le sol est partout légèrement ferrugineux à la surface, le sous-sol est constitué de terres argilo-sablonneuses ; j’ai cependant vu émerger, par-ci par-là, un peu de granit à très gros grains.

Un peu avant d’arriver aux ruines de Niélé, mes hommes aperçoivent trois éléphants de l’autre côté d’un petit marais. Diawé et quelques hommes s’élancent à leur poursuite avec les fusils, mais ne peuvent les rejoindre, car ils ont trois à quatre cents mètres d’avance sur nous, et nous devons nous contenter de suivre des yeux leurs évolutions dans les hautes herbes.

A quatre heures nous atteignons les ruines de l’ancien Niélé, qui s’élevait sur un petit dos d’âne entre un marécage et un ruisseau ; pendant près d’une demi-heure on chemine dans des débris de construction, de poterie, etc. Une cinquantaine de baobabs et de bombax gigantesques indiquent l’emplacement des places du village. Le vieux Ouattara m’indique son ancienne case et me raconte que c’est en 1882 que Tiéba et Niamana, chef de Mbeng-é, ont détruit sa ville, après avoir vaincu Fan, père de Pégué. C’est également de cette époque que date la ruine des nombreux villages que nous venons de traverser. Sur la rive gauche du Badié, c’était l’œuvre de Samory ; ici nous sommes en présence de l’œuvre de destruction de Tiéba. Ils ne sont pas meilleurs l’un que l’autre.

Nous campons et passons la nuit sur la rive droite d’un joli petit ruisseau qui coule également vers le nord ; ce qui m’a frappé, c’est que parmi toute la verdure dont les cours d’eau sont agrémentés par ici, il n’y ait ni bambous, ni palmiers d’aucune espèce. Nous sommes pourtant plus au sud qu’à Tengréla dont les environs sont parsemés de palmiers à huile et les ruisseaux bordés de bambous. La cause en est peut-être à rechercher dans la différence d’altitude, cependant le bambou pousse au sommet de toutes nos montagnes du Soudan français.

Pendant la soirée, à la suite des incidents qui ont marqué notre route aujourd’hui, on parle naturellement de gibier.

Vers dix heures et demie il s’élève une altercation entre mes hommes à propos d’empreintes relevées sur le sol pendant l’étape. Ces empreintes étaient attribuées par les uns au bœuf sauvage (sorte de buffle nommé sigui en mandé) et par les autres à un animal que je n’ai jamais vu parce qu’il est très rare, mais dont pas mal de noirs m’avaient déjà parlé.

Cet animal est appelé en mandé konsonkansan. C’est une bête affreuse, plus hideuse que le caïman, dont elle a presque l’aspect. Elle n’a toutefois que 2 mètres à 2 m. 50 de longueur. Sa largeur à hauteur des pattes de devant est de 60 à 70 centimètres, et ses épaules, comme tout son corps du reste, sont recouvertes d’écailles excessivement dures. Sa formidable carrure lui permet de briser les jambes des plus grands animaux, en se ruant sur eux. C’est sa seule défense.

Obligés d’éteindre le feu des herbes.

Sa tête diffère de celle du caïman ; elle est plus courte et sa mâchoire est disposée en fer à cheval. Ses dents sont également beaucoup plus petites que celles du caïman.