Enfin l’arbre, quand il est vieux, offre beaucoup de creux dans lesquels les abeilles se logent très volontiers.

Le tronc, qui atteint généralement des dimensions extraordinaires, est facilement escaladé à l’aide de fortes chevilles en bois que l’on enfonce dans l’écorce et qui servent d’échelons et de marchepieds.


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Une heure et demie après avoir dépassé la dernière ruine, on franchit un petit col à 510 mètres d’altitude ; de l’autre côté commencent les lougans des villages de culture où nous devons camper pendant les heures chaudes.

Comme partout dans cette région, l’action des kéniélala (sorciers) se fait fortement sentir. Sur les chemins et aux carrefours, les indigènes, à l’aide de cendre délayée dans de l’eau, ont tracé des signes cabalistiques pour conjurer les esprits malfaisants.

A midi nous campons sous un ficus à côté d’un des trois villages de culture de Pégué. Ces petits villages sont entourés d’enceintes en terre glaise et séparés les uns des autres par un joli petit ruisseau ; ils ne portent pas de nom particulier, on les appelle Pégué-togoda (campement de culture de Pégué).

Nous devons ici être éloignés d’à peu près 6 kilomètres de Niélé, ce qui porte la distance totale de Dioumanténé à Niélé à 90 kilomètres environ.

Les indigènes employés comme courriers parcourent ce trajet, que l’on peut porter à 110 kilomètres avec les circuits, en trente-quatre heures, dont vingt-quatre de marche ; quand ils sont chargés, ils mettent cinquante-huit heures, dont trente de marche environ. Avec des animaux chargés, il faut trois jours et deux nuits en marchant matin et soir.

Mercredi 1er février. — Deux heures après mon arrivée aux togoda, j’ai été atteint d’un accès bilieux hématurique ; grâce à de fortes doses de quinine que je m’étais administrées la veille et le matin même, je n’ai pas perdu connaissance un seul instant et j’ai pu me soigner. Le café est un excellent diurétique quand, comme moi, on n’en fait pas sa boisson journalière. Dès le cinquième jour j’allais déjà mieux, et le neuvième jour je pouvais faire une promenade d’une centaine de mètres au bras de Diawé. Ma convalescence fut assez rapide ; l’appétit revenait ; malgré cela, il m’était impossible de me mettre en route et de songer trop tôt au départ : les fortes doses de quinine que j’avais absorbées (12 grammes environ en sept jours) m’avaient occasionné des douleurs de cœur qui m’empêchaient de marcher.

Le togoda où j’habitais était heureusement bien situé ; nous étions par 620 mètres d’altitude. Dans la matinée, le plateau était balayé par des vents frais, et jusque vers sept heures et demie on aurait pu se croire en France, au mois de juin.