Le tout s’élevant à une valeur de 500 francs environ (prix de revient en France).

Son envoyé, qui vint me remercier, me raconta que le roi avait réuni tous les habitants du village pour leur faire voir les présents qu’il venait de recevoir des Français. Jamais personne ne lui en avait donné d’aussi riches ; aussi, a-t-il ajouté, « chaque fois qu’un Français demandera de traverser mon pays, je lui faciliterai son voyage en lui donnant de mes hommes ». Je crois qu’il tiendra sa parole, pourvu que le voyageur qui passera chez lui ne soit pas à cheval, il l’a formellement dit. Quant à nos marchands, qu’il laissera librement venir commercer chez lui, dit-il, et pour lesquels il n’a pas voulu prendre d’engagement par écrit, je ne crois pas qu’ils entreront jamais à Niélé sans payer un lourd droit de passage, car dans le togoda que j’habitais, les captifs m’ont dit que, sauf les gens de Kong et de Niélé, personne ne pouvait apporter de marchandises de quelque valeur ici sans se les voir confisquées. Du reste, en fait de commerce ici, il n’est possible de trouver à échanger des marchandises que contre des cauries ou des esclaves.

Les causes qui m’empêchèrent d’entrer dans Niélé m’ont été longtemps inconnues ; je crois cependant depuis avoir un peu élucidé cette question, grâce au guide que Toumané m’avait imposé. Cet homme, par la suite, m’était entièrement dévoué, il m’avait pris en affection et me l’a prouvé plus tard, car ce n’est que grâce à lui que j’ai été accueilli convenablement à Léra et que j’ai obtenu protection du chef de ce village.

1o Mon passage en plein jour à Nafégué, raconté par les gens de Niélé, qui avaient, pour se vanter, exagéré mes exploits, fut considéré comme un fait surprenant qui fit dire à Pégué et à son entourage que, pour oser tenter quelque chose de si audacieux, je devais posséder quelque engin qui me permettait de défier la puissance des plus terribles adversaires.

J’ai raconté ce passage à Nafégué dans toute sa simplicité, mais les indigènes de ces régions sont tellement sous l’influence des kéniélala que tout acte est de suite interprété comme une sorcellerie.

2o A ce grief venait s’ajouter mon passage chez Samory. Pégué me soupçonnait d’être son ami, et comme il se méfie de lui et de ses gens, j’ai été considéré comme suspect, non pas qu’on craigne précisément que je ne m’empare de Pégué, mais on redoutait qu’à l’aide d’écrits introduits dans les puits ou semés par les rues je ne jetasse un sort sur la ville. C’est ainsi que le vieux Ouattara et les gens de Pégué n’ont pas toléré l’emballage de quelques menus objets dans des fragments de vieux journaux ; j’ai même été tenu d’enlever à l’eau de belles étiquettes dorées fixées à la colle sur les pièces d’étoffe que je destinais à leur chef.

3o Il n’y avait pas longtemps qu’on venait d’apprendre la mort de Tidiani (roi du Macina). Cette mort coïncidait justement avec le passage du lieutenant de vaisseau Caron à Bandiagara, et ces ignorants n’avaient pas manqué d’attribuer la mort de leur souverain au passage de notre compatriote. Ce souvenir venait encore de se raviver par la nouvelle de la mort de Yawakha, chef de Fourou, décédé malheureusement deux ou trois jours après mon départ de son pays.

4o Peut-être aussi ma maladie a-t-elle été considérée comme un avertissement du ciel et les marabouts ou les kéniélala de l’entourage de Pégué se sont-ils emparés de ce fait pour intimider leur chef et par cela même gagner dans son estime en lui prouvant qu’ils veulent le préserver d’un grand danger.

Pégué, cependant, d’après ce que l’on m’en a dit, passe pour un homme très intelligent dans son pays. Il est de la famille des Ouattara, et âgé de trente-cinq ans environ. Pégué est un surnom. Étant tout jeune, il montrait déjà beaucoup de finesse et de subtilité dans ses actions et ses paroles, ce qui le fit surnommer, par Tiéoualé sa mère et Fan son frère, , qui veut dire « lièvre » en siène-ré ; en siène-ré follona, c’est Pégué, gué étant la terminaison de beaucoup de substantifs follona.

J’ai appris pendant mon séjour ici que l’almamy exigeait la soumission de Pégué ; il voulait annexer cette partie du Follona. Les envoyés, en revenant à Niélé, apportaient à Pégué l’ordre de mettre ses troupes en marche, de s’emparer et de détruire le Pomporo et le Samokhodougou. Pégué, qui se contentait parfaitement de ses relations de bon voisinage avec Samory et qui ne rêvait pas du tout une annexion, a vivement protesté et a renvoyé le fils du chef de Fourou et ses gens en leur ordonnant de dire à Samory que « s’il désirait vivre en bon voisin avec leur roi, il entendait également conserver toute sa liberté d’action ».