Ce pays traverse un mauvais moment, car, quelle que soit l’issue de la guerre, il sera ravagé. Si Samory s’empare de Sikasso, il viendra dévaster le Pomporo et poussera certainement jusque dans le Follona ; dans le cas contraire, ce sera Tiéba qui s’emparera de Niélé. Pégué n’a actuellement qu’une chance d’échapper à la ruine, c’est d’être le fidèle allié de Tiéba ; malheureusement l’opinion publique de son pays est contraire à cela, Tiéba ayant fait si souvent des incursions dans cette région que tout le monde lui est hostile.

Le souvenir de la prise du vieux Niélé, de la destruction de Kawara, et surtout la dernière défaite de Pégué et sa fuite dans le Tagouano, sont trop récents chez les pauvres Siène-ré pour que Pégué puisse tenter dès à présent un rapprochement auprès de Tiéba.

Le Follona[40] de Pégué tombera fatalement entre les mains de Tiéba, et cela dès que les hostilités avec Samory seront terminées. Nos prévisions se sont depuis confirmées : Tiéba a annexé le Follona, de sorte que ce pays est placé par contre-coup sous notre domination.


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La région qui obéit aux ordres de Pégué commence à quelques kilomètres dans l’est de Dioumanténé, à la rivière Bandamma, et se termine à l’ouest à la branche occidentale du Comoé, désignée sous le nom de rivière de Léra. Au sud elle se confine aux confédérations de Mbeng-é et de Ngokho ; au nord, aux États de Tiéba.

Dans la zone que j’ai traversée, les territoires habités n’ont que 30 kilomètres de largeur depuis 1883. Vers cette époque, Tiéba et Niamana, chefs de Mbeng-é, détruisirent Niélé et battirent Fan, père de Pégué. Comme pour jeter un défi à ses adversaires, Fan[41] fit immédiatement reconstruire sa capitale à une journée de marche dans l’est.

Puis il entreprit une campagne contre Fourou ; c’est sous les murs de cette ville qu’il trouva la mort. Son successeur, Pégué, n’ayant pas voulu reconnaître la suzeraineté de Tiéba, ce dernier lui fit la guerre.

Makhandougou et Kawara, surpris de nuit, furent détruits et tous les habitants faits prisonniers. Niélé n’échappa que par hasard au carnage, les habitants ayant eu le temps d’évacuer le village avant l’arrivée des guerriers de Tiéba.

A la suite de ce coup de main, Tiéba se serait fait payer 1000 captifs et 120 chevaux par Pégué. Ce chiffre est évidemment exagéré ; je crois qu’en le réduisant au tiers on ne doit pas être loin de la vérité.

Toute la force de Pégué consiste dans ses captifs, qui me paraissent nombreux ; tous les togoda que j’ai vus lui appartiennent ; mais je ne crois pas que ce chef puisse mettre sur pied plus de 2000 guerriers armés de fusils et 50 à 60 chevaux.