Le refus de Pégué de me laisser pénétrer dans sa capitale me cause beaucoup de chagrin. Niélé par elle-même n’offre rien de particulier, mais je crains que d’autres chefs ne me fassent le même accueil. Quant à obtenir de bons itinéraires avec des gens si méfiants et si superstitieux, je ne puis y songer sans compromettre la suite de mon voyage.
Le croquis de la ville est la fidèle reproduction du dessin que Diawé m’a fait dans le sable à son retour au togoda. Le village principal est à peu près au centre de l’enceinte extérieure et est séparé d’un autre groupe d’habitations, où la population est moins dense, par une rivière bordée d’une très belle végétation. Ce cours d’eau, quoique non éloigné de sa source, est déjà profond et on le traverse sur deux petits ponts en bois ; le petit affluent qu’il reçoit à droite n’est composé que d’amas d’eau stagnante, non potable, et traverse une bananeraie contenant environ deux fois autant de bananiers que celle de Dioumanténé (environ 2000 pieds), mais tous sont très jeunes et n’ont pas encore de régimes.
Niélé.
C’est dans les terrains vagues qu’on a pris les terres nécessaires à la construction d’un mur d’enceinte et des habitations, qui sont ou rondes ou carrées. L’enceinte, en pisé, haute de 3 m. 50 environ, est tracée un peu en crémaillère ; comme à Dioumanténé, une banquette en terre permet aux tireurs de faire feu par-dessus la crête. Dans quelques endroits, le mur est percé de petits créneaux de forme triangulaire.
Le logement particulier de Pégué se trouve au centre du village principal et comprend, outre des cases rondes ou carrées, une dizaine de cases à un étage, comme il y en a quelques-unes à Bammako.
Le grand village seul est bien peuplé ; les groupes de cases en deçà de la rivière sont peu habités et la population y est très clairsemée.
En dehors du fond de la population, qui est Siène-ré, il y a quelques Mandé-Dioula qui sont musulmans et s’occupent de commerce ; je ne crois pas qu’au total le chiffre de la population dépasse 3000 à 3500 habitants.
Niélé est cependant le plus grand centre de toute cette région ; viennent ensuite Mben ou Mbeng-é (environ 2000 habitants) et Ngokho (1000 à 1500). Quand les indigènes parlent de Niélé, ils disent : « Niélé est à peu près aussi grand que Sikasso ».
Dans les villes non commerçantes il me paraît du reste difficile que la population dépasse le chiffre d’habitants que j’assigne à Niélé : pour que 3000 indigènes vivent sans presque recevoir de denrées de l’extérieur, il faut qu’il y ait de nombreux champs. Si la population dépasse un tant soit peu ce chiffre de 3000, que je considère comme un maximum, les cultures les plus éloignées s’étendraient à environ 10 à 12 kilomètres de la ville, ce qui est déjà loin pour y aller travailler et récolter le grain.