Pégué m’ayant, par ses envoyés, renouvelé la promesse de me donner des guides pour me rendre jusqu’à l’entrée des États de Kong, je lui fais exprimer tous mes regrets de n’avoir pas pu lier plus intimement connaissance avec lui et demander de partir le 3 au matin. Le soir même, il me fait dire que c’est chose convenue et que le surlendemain on viendra me prendre de bonne heure.

J’ai fixé mon départ au vendredi 3 afin d’arriver le même jour à Oumalokho, dont c’est le jour de grand marché, et atteindre Déra ou Léra le dimanche (également jour du grand marché).

Vendredi 3 février. — Le guide de Pégué vient me prendre au togoda à huit heures du matin, et le départ a lieu un quart d’heure après. Dès le premier kilomètre, ce guide me fait quitter le chemin qui conduit à Niélé pour contourner la ville par le nord et me fait traverser et passer en vue de plusieurs togoda. Comme tous sont reliés à Niélé par un large sentier, j’en ai pris la direction à la boussole et ai pu ainsi déterminer l’emplacement de Niélé par recoupement à quelques centaines de mètres près. Ayant suivi la plupart du temps, en guise de chemin, des sillons de champs de mil, je ne suis arrivé à Oumalokho que vers midi.

Mon guide Ndo (le vieux Ouattara) et quelques hommes de Pégué étaient à l’entrée du village principal et m’avaient choisi un campement et une case à proximité ; pendant que mon domestique me préparait à déjeuner, je fis le tour du marché, qui se tient au sud du village. La place du marché n’est ombragée que par de maigres ficus, qui ne donnent pas d’ombre : aussi quelques marchands se sont-ils construit des abris en chaume dans le genre de ceux du marché de Ténetou.

Quoiqu’il n’y ait presque rien à vendre en dehors des condiments et des denrées du pays, il régnait une grande animation sur ce marché : les visiteurs étaient nombreux et les marchands de niomies et de dolo ont dû faire des affaires. J’ai calculé qu’il y avait à peu près 1500 litres de dolo sur le marché. En dehors des céréales (mil, maïs, etc.), j’ai vu trois paniers de boules d’indigo, beaucoup de poteries, quelques outils de fer pour culture, un peu de coton, une centaine de kilos de piments rouges et une cinquantaine de poulets ; pas d’articles d’Europe. Des marchands de Kong vendaient de la poudre, des morceaux de soufre et quelques pierres à fusil. Partout dans cette région le Mandé est coiffé du bonnet en drap garance. Ce bonnet, qui est très long, lui sert en même temps de poche ; il y loge ses cauries, son tabac, ses kolas. La pointe du devant est toujours relevée en forme de visière.

Les cauries dans le Follona sont toutes excessivement malpropres, et la fente du milieu est pleine de terre. Dans les États de Pégué comme chez Samory, la propriété est un vain mot : les malheureux qui ont gagné quelques centaines de cauries sont forcés de les enterrer dans leur case ou dans leur champ pour les soustraire à la rapacité des chefs qui les gouvernent.

Oumalokho se compose de trois villages assez grands non fortifiés : l’un est habité par les forgerons de Pégué, l’autre par des Mandé-Dioula musulmans et leurs captifs, le troisième l’est par des Siène-ré.

Presque toute la population vient de l’ancien Oumalokho, dont j’ai signalé les ruines et la montagne dans ma route de Dioumanténé à Niélé. C’est près du village des Mandé-Dioula que se tient le marché ; c’est là aussi qu’on trouve les cages à tisserands : j’en ai compté trente-deux, dont huit seulement fonctionnent aujourd’hui.

Devant le village des forgerons sont alignés quinze hauts fourneaux, dont cinq sont en activité ; je suis même assez heureux pour en voir débourrer un, ce qui, d’après mes noirs, est de très bon augure.

Ces hauts fourneaux sont construits d’une façon pratique ; ils me paraissent particulièrement bien conçus pour la facilité du bourrage et surtout du tirage ; chacun d’eux est pourvu de douze bouches de tirage mobile qui sont toutes en place au début et retirées au fur et à mesure de la combustion. Les forgerons, très nombreux autour de chaque fourneau en activité, semblent ne pas perdre de vue un seul instant leur besogne.