Pour le débourrage, ils attaquent vigoureusement le sable qui bouche l’ouverture principale. Pour cela ils se servent de pelles emmanchées très bien conditionnées. Ces pelles sont désignées en France sous le nom d’écoupe et la douille n’est pas rapportée. L’ouverture étant débouchée, deux ouvriers, à l’aide d’un poussoir en bois, sortent le bloc en fusion hors du cubilot à une dizaine de mètres en avant ; là il est couvert de poussier fin et battu avec de forts gourdins pour en détacher les scories ; cette opération terminée, le bloc, qui peut peser 40 à 50 kilogrammes, est retourné et on le laisse refroidir lentement.
Oumalokho ne possède pas de bœufs, mais j’y ai vu une centaine de moutons. J’y fus très bien accueilli, et les trois villages m’envoyèrent chacun du riz, du mil, des poules et des pintades. Après avoir remercié tous ces braves gens et distribué quelques cadeaux, j’allai me reposer à l’ombre d’un bombax, car ma case n’était pas tenable. Dans cette région, les cases sont si petites que c’est à peine si l’on peut s’y étendre. Elles sont rondes, d’un diamètre de 2 m. 50, et pourvues d’une sorte de mur intérieur en forme de paravent qui bouche presque la porte et qui laisse à peine pénétrer le jour ; la porte est en outre munie d’une véranda en paillote qui se termine à 40 centimètres de terre, de façon qu’il n’entre pas un brin d’air dans ces tristes cases.
Dans la soirée, le fils du chef de Makhandougou vient me voir. Ce jeune homme, qui s’appelle Ardjouma, « Vendredi », me souhaite le bonjour de la part de son père, musulman influent de la région ; il me raconte que j’étais apparu en rêve à son père il y a plus de six mois et qu’il avait tout préparé pour bien me recevoir. Il a fait châtrer et engraisser un bouc à mon intention. Je trouverai aussi un logement propre tout préparé à Makhandougou.
Après le dîner, ce brave garçon est venu coucher à mon campement afin d’être prêt en même temps que nous, si nous partions de bonne heure.
Samedi 4. — Le départ a lieu au clair de lune. Après avoir dépassé le dernier des villages d’Oumalokho, nous avons eu quelques difficultés à traverser un ruisseau marécageux. Il a fallu décharger les animaux ; mais à part cela la route a été partout bonne ; le sentier, élargi par les habitants de Kéoualésou (village fondé par la mère de Pégué), a 1 m. 20 de largeur. Cette région est peu accidentée : on ne franchit que de petits plateaux séparés les uns des autres par des bas-fonds marécageux, presque tous à sec actuellement. Les cultures d’ignames sont remarquables par le soin qu’on a mis à isoler et aligner les pieds. Les cultures de coton sont belles aussi, mais aucune n’est en plein rapport.
Hauts fourneaux et forgerons.
Dans les endroits incultes errent des bandes de pintades sauvages et de petites biches en grande quantité.
Avant d’arriver au petit ruisseau qui précède Makhandougou, Ardjouma me fit voir un large sillon couvert de végétation : c’est le chemin d’invasion que Tiéba suivit pour se rendre de Sikasso à Kawara. Afin de surprendre ce village qui était très florissant, Tiéba n’a suivi aucun chemin (Ardjouma, du reste, m’a affirmé qu’il n’en existait pas). Il a coupé à travers la brousse et en quatre jours s’est rendu de sa capitale à Kawara, dont il fit presque tout le monde captif.
Une demi-heure avant d’entrer dans le village, on passe en vue de nombreuses ruines, dont quelques-unes sont très grandes ; elles datent de la même époque (1883). Les habitants ont à peu près tous été emmenés en captivité par Tiéba et ses gens, et il ne reste à Makhandougou que la famille d’Ardjouma et une centaine d’autres indigènes.