A cet effet, je rends de nombreuses visites, distribuant partout quelque petite chose pour me faire des amis.
Léra ou Déra n’a pas plus d’un millier d’habitants, dont une cinquantaine de Mandé musulmans venus de Kawara après la destruction de leur village par Tiéba. Le reste de la population est composé exclusivement de Gouin(g).
Plan de Léra ou Déra.
Les Gouin(g) ou Mbouin(g) ne font pas partie de la famille mandé ; ils n’en ont ni le type ni les mœurs, et parlent une langue qui n’est pas comprise par les Mandé de Kawara qui habitent ici, mais qui, d’après eux, offre de l’analogie avec celle des gens du Lobi. Ce peuple m’a paru vivre encore dans un état voisin de celui de la brute : c’est le sauvage dans toute l’acception du mot.
J’ai cherché à leur découvrir un type, mais je n’ai pas trouvé deux figures offrant un trait de ressemblance entre elles ; hommes et femmes sont d’un noir terreux et ont la tête rasée ; l’homme porte pour tout vêtement le bila, un collier de cauries autour du cou et deux jarretières en cauries ; il est coiffé d’un chapeau de paille qui a la forme de ceux de nos clowns.
Tous les Gouin(g) sont armés d’arcs en bois dur, analogues à ceux du Mossi, mais moins bien faits, et de flèches légères semblables à celles du Ganadougou, des Bambara et des Siène-ré du Follona. Le poignet de la main gauche est muni d’un bracelet en peau, sorte de bourrelet contre lequel vient buter la corde de l’arc quand elle se détend, ce qui évite les blessures. Le tatouage consiste en une, deux ou trois très petites entailles au coin de la bouche ; les hommes seulement ont la lèvre inférieure percée et traversée par une pointe en bois, en fer ou en plume, etc., absolument comme les femmes des environs de Tengréla. Le chef de Léra, qui est un Gouin(g), est aussi nu que ses concitoyens.
Le costume des femmes n’est pas plus compliqué que celui des hommes. Le bila est remplacé par une ceinture en cuir à laquelle sont accrochés par devant et par derrière, en forme de bouquet, des rameaux pourvus de feuilles. Afin que ce fragile costume se maintienne en place et ne vole pas au vent, une double cordelette en peau fait le tour des fesses par-dessus les feuilles. Comme ces malheureuses n’ont pas un morceau de linge, elles maintiennent leur enfant dans le dos à l’aide d’une petite natte munie de deux cordelettes en peau, dont l’une se noue à la ceinture et l’autre par-dessus les seins. Un chapeau en paille semblable aux chapeaux en papier qu’on fait pour amuser les gamins sert alternativement à la femme ou à l’enfant.
Leurs diamou (noms de famille ou de tribu) ne sont pas semblables à ceux de la famille mandé. Les Mandé de Léra m’ont dit que les Gouin(g) ne possèdent pas de bosquets sacrés. Ils vivent beaucoup de pillages et d’assassinat. Il paraît que si quelqu’un venait à s’aventurer par ici sans être accompagné par un homme connu dans le pays, il serait infailliblement assassiné pour être volé ; les Gouin(g) ne sont pas anthropophages, comme on me l’avait dit. Les morts sont immédiatement lavés, graissés et ensevelis dans la brousse sans cérémonie.
Ces sauvages ne cultivent que du mil, du sorgho et des piments et changent très souvent l’emplacement de leurs villages. Dès que la terre est un peu appauvrie, les Gouin(g) l’abandonnent et vont défricher ailleurs.