Les hommes et les enfants sont, une partie de la journée, occupés à chercher des termites pour nourrir leurs poulets, ou à placer des pots pour augmenter le nombre des termitières.
On élève beaucoup de poules, les actes les plus simples de la vie étant soumis à l’approbation des kéniélala, qui ne manquent jamais d’ordonner le sacrifice d’un poulet.
Le marché de Léra est fréquenté par les gens habitant les villages aux environs de Kanniara, quelques marchands de Kong et des gens de Niélé. Léra sert en même temps de gîte et de lieu de repos aux Mandé faisant le commerce de la poudre entre Kong et Sikasso ; la route de ravitaillement passe à Sindou et Soubakhalé.
Les Mandé font cultiver par leurs captifs ; ils ont un peu de bétail ; quelques-uns d’entre eux achètent le coton, le font filer par leurs femmes et leurs captifs, et tissent des pagnes qu’ils vont échanger au loin pour du sel ou tout autre article (voir à cet effet le [chapitre Kong]).
Mardi 7. — Hier dans la soirée j’ai trouvé un Mandé qui veut bien me mener chez Iamory ; il est connu dans les villages aux environs et il est convenu avec lui que comme prix de son dérangement je lui donnerai un pistolet à silex. Le chef de Déra m’a envoyé également hier soir deux hommes qui doivent m’accompagner jusqu’au village voisin.
Tout ce monde-là ayant couché à mon campement, j’ai pu me mettre en route de bonne heure.
A la sortie du village, nous laissons le chemin de Sandergou à droite[43], pour prendre celui de Kanniara, qui est plus long, mais non soumis au pillage.
Avant le lever du soleil, nous dépassons Kotéré (groupe de trois petits villages), et, peu de temps après, nous sommes en vue de Toumbara, gros village exclusivement peuplé de Mbouin(g). Le frère du chef, qui sait quelques mots de mandé, insiste auprès de moi pour me faire camper dans son village. Sur mon refus d’accepter l’hospitalité, il m’accompagne jusqu’en vue de Dindougou, autre village mbouin(g). Mon guide, pour des raisons que j’ignore, n’avait pas suivi le chemin direct de Kanniara, et comme il était déjà onze heures, je pris le parti de camper un peu plus loin, à Karabarasou.
Ce petit village n’est habité que par des Mandé-Dioula. Je fus très bien reçu par le chef, et par tous les habitants, du reste. On m’installa rapidement et l’on me fit cadeau de quantité de vivres. Je demandai de suite au chef de village si je n’étais pas trop éloigné de Kanniara pour envoyer saluer Iamory, et comme la distance n’était guère que de 4 à 5 kilomètres, j’envoyai le soir même lui demander la permission d’aller le voir. A cinq heures et demie, le courrier était de retour. Il me salua de la part de Iamory, qui m’invitait à venir le voir.
Dans la soirée, des gens des environs vinrent me saluer, et les chefs de Kimini, Kérétiguifésou, Papala et Wangolédougou m’envoyèrent des hommes pour m’inviter à camper dans leurs villages. Je dus insister auprès du chef de Karabarasou pour qu’il me laissât partir le lendemain ; il comptait me conserver jusqu’à jeudi (jour de marché de Karabarasou), et je n’obtins de partir qu’après avoir fait comprendre qu’il ne serait pas convenable de ne pas me rendre de suite auprès de Iamory, étant si peu éloigné de lui.