Un an, jour pour jour, après mon départ de Bordeaux, je fis donc mon entrée dans Kong, modestement monté sur un bœuf porteur, au milieu d’une population ni bienveillante, ni hostile, mais avide de voir un Européen. Les toits des cases, les rues, les carrefours étaient couverts de gens qui se battaient pour se trouver sur mon passage, et ce n’est que grâce à une dizaine de vigoureux gaillards, captifs du chef, armés de fouets, qui rossaient les curieux encombrant les rues et les carrefours, que je parvins à gagner une petite place où l’on fit arrêter mon convoi.
Un des fils du chef vint me prendre pour me conduire à son père sur la place du marché. Sous deux grands arbres et sur des chaises étaient assis vis-à-vis l’un de l’autre, à droite le roi Karamokho-Oulé Ouattara, entouré de ses amis et partisans, à gauche Diarawary Ouattara, chef de la ville de Kong, entouré également de ses créatures.
Il régnait un grand silence dans ces deux groupes, que j’évalue chacun à un millier de personnes. Tous étaient accroupis sur des nattes et des couvertures, et tout ce monde sans exception était bien et proprement vêtu.
Arrivée à Kong.
Cette réception revêtait un caractère grandiose et imposant auquel se prêtaient si bien le costume oriental et les faces noires à barbe blanche de cette réunion de patriarches.
Sabana me présenta d’abord à Karamokho-Oulé, qui me souhaita la bienvenue au nom de tous ceux qui étaient assis près de lui. Je fus ensuite remis entre les mains de Diarawary Ouattara, chef de la ville de Kong (sorte de maire), qui me fit également très bon accueil. Ce dernier me confia de nouveau à Karamokho-Oulé, qui avait demandé à m’offrir l’hospitalité.
Karamokho-Oulé me fit de suite conduire dans un groupe de cases voisines de son habitation et mit à ma disposition son chef de captifs, nommé Mokhosia Ouattara, et un de ses hommes, nommé Bafotigué Daou, en lui donnant l’ordre de me pourvoir de tout ce dont je pourrais avoir besoin. Il était près de trois heures de l’après-midi quand je pus gagner ma case, et, malgré toutes les protestations des personnes qui étaient à ma disposition, il ne fut possible de me soustraire à la curiosité de cette nombreuse population qu’à la nuit tombante. Même plusieurs jours après mon arrivée, je devais encore subir la curiosité de ces gens-là.
En allant à l’endroit où généralement on a besoin d’être seul, j’étais quelquefois suivi par mille à quinze cents personnes, ce qui ne laissait pas d’être très gênant....
Le lendemain matin et dans la soirée, conduit par Bafotigué, j’allai rendre visite au chef des qbaïla et aux notables de la ville. J’avais revêtu un uniforme propre et jeté sur mon épaule un burnous en soie blanche de l’espèce dite el-hellali, qui fit l’admiration de toute la ville.