Ensuite ce fut Diarawary Ouattara (le maire) qui parla :

« Kong est une ville qui est ouverte à tout le monde, et ce que tu as dit de ses habitants est vrai : tu peux considérer la ville comme la ville de ton père, et tu y resteras tant que tu voudras. Quand tu auras choisi un chemin, nous te donnerons des guides et des recommandations : nous sommes connus partout, et quand on vient de Kong on peut aller partout ; du moment que l’on sait que tu viens d’ici, on ne te demandera pas autre chose. »

Les explications que les Ouattara venaient de provoquer étaient absolument nécessaires. Kong, comme nos grands centres, renferme beaucoup de gens sensés ; malheureusement, les ignorants et les mécontents ne font pas défaut non plus.

Parmi cette dernière classe de la population, quelques tribuns ont, quelques jours avant mon entrée dans la ville, cherché à ameuter la population contre moi et à l’exciter à me faire un mauvais parti en disant que j’allais tuer le petit commerce, que Samory aussi avait commencé par être marchand et voyageur, qu’il fallait se méfier de moi, etc. ; leur avis était de me laisser entrer dans la ville, de s’emparer de moi pendant la nuit et de me couper le cou. C’est alors que les Ouattara, tous les musulmans lettrés et gens ayant quelque influence se réunirent afin d’examiner quel serait le parti à prendre. Après une séance de plusieurs heures, sur l’avis de trois braves vieillards, nommés Bala, Bakondé, Karayéguidian, et des Ouattara, il fut décidé que j’entrerais dans la ville, et jusqu’au jour de mon arrivée, tout le monde s’emploierait à calmer les mécontents et à les ranger à leur avis ; les Ouattara déclarèrent, en outre, qu’ils me prenaient absolument sous leur protection. « Il sera toujours temps de l’exécuter, dirent-ils, s’il ne nous donne pas d’explications suffisantes. »

Je reçus pendant les trois premiers jours une quantité de cadeaux, consistant surtout en mil, sorgho, ignames, poulets, viande, etc. Je fis le généreux de mon côté, ce qui ne contribua pas pour peu à m’assurer la sécurité de mon séjour ici.

J’avoue franchement qu’à mon entrée dans Kong je n’ai éprouvé aucune de ces émotions qu’ont eues Barth et d’autres voyageurs en apercevant le Niger ou Tombouctou. Cela tient à ce que jamais aucun indigène ne m’en a parlé avec emphase. Kong ou Pon[50] est bien ce que je me représentais ; cependant cette ville et ses soi-disant montagnes ont intrigué maintes fois les géographes, et sa position a donné lieu à beaucoup d’hypothèses et surtout à de nombreuses ouvertures de compas.

Croquis à vue de la ville de Kong. — Échelle au 1/20000.

No 1. Habitation de Diarawary Ouattara, chef de Kong. — No 2. Habitation de Mokhosia Ouattara, chef des captifs de Karamokho-Oulé Ouattara. — No 3. Habitation de Karamokho-Oulé, mon protecteur, souverain du pays. — No 4. Habitation de l’almamy Sitafa, chef religieux de Kong. — No 5. Habitation de Fotigué Daou, chez lequel je logeais. — No 6. Seul groupe de cases où l’on fabrique du dolo (Dolosou veut dire « village du dolo »).

Les sept qbaïla ont chacune un chef ; j’en donne les noms ci-dessous :