Quelques vieux musulmans lettrés pratiquent la médecine, cautérisent et soignent les plaies occasionnées par la filaire de Médine.
Le lavement me paraît être en vogue ici et j’ai vu quantité de gens circuler munis de la seringue. C’est une petite poche confectionnée à l’aide d’une peau de bouc, à l’extrémité de laquelle se trouve un morceau de bambou d’un centimètre de diamètre, faisant office de canule. Comme dans l’Achanti, il entre beaucoup de piment dans la préparation du lavement.
Le thé aussi est connu de nom à Kong ; on le nomme kankani ; les Mandé ont appris cela par les livres saints. Il n’y a pas de thé à Kong, mais le sucre n’y est pas inconnu ; il est acheté en petite quantité à Salaga et conservé soigneusement dans chaque bonne famille pour être donné à sucer aux nouveau-nés.
Les amusements du soir, les divertissements de la jeunesse ne consistent pas en danses, comme dans les autres régions que j’ai visitées. Jeunes gens d’un côté, jeunes filles de l’autre chantent des chœurs qui ne manquent pas d’harmonie ; tantôt ils se forment en procession et font lentement le tour de la place principale de la qbaïla, tantôt ils se rendent dans d’autres qbaïla tout en chantant. J’ai écouté quelques-uns de ces airs avec plaisir, malheureusement l’accompagnement au tam-tam et à la clochette double laisse à désirer.
Le lendemain d’un enterrement de quelque personne de marque, les écoliers (karamokhodinn) parcourent la ville en chantant. Ceux-ci s’accompagnent eux-mêmes à l’aide de clochettes doubles et de calebasses en forme de gourde, recouvertes de drap rouge, renfermant des graines[57]. Ces calebasses sont agitées avec rythme pendant le chant, et ce bruit ne choque pas trop l’oreille.
Le soir des jours de grand marché, les écoliers, deux par deux, vont dans leurs quartiers respectifs chanter une prière dans les cours des maisons. Dès qu’ils se présentent, on entend partout crier : Karamokhodinn, na (Écolier, viens), et de leur donner deux cauries, afin de s’en débarrasser. C’est en quelque sorte un impôt pour l’instruction publique. En rentrant, ils remettent toute la quête à l’instituteur, qui se fait payer ainsi l’encre, le papier et sa peine.
Écoliers chantant une prière dans la cour d’une maison.
La police est faite par les dou ; ce sont les dou qui, à l’aide de leurs fouets, m’ont ouvert un passage à travers la foule le jour de mon entrée. A partir de dix heures du soir, ils circulent dans les rues, font taire les conversations bruyantes à l’intérieur des habitations et s’emparent de tous ceux qui circulent dans les rues sans motif plausible. Les capturés sont conduits sur la place du Marché, et le lendemain ils n’obtiennent la liberté qu’après avoir payé une amende s’élevant à 400 cauries. Ces policemen portent le nom de dou parce que ce mot signifie « rentre » et que leur fonction est de faire rentrer chacun chez soi. Pour épouvanter le peuple, le soir ils se déguisent et poussent des cris de fauve ; d’autres fois ils se servent de cornes, desquelles ils tirent des sons étranges.
A Kong, personne ne circule dans les rues armé d’un fusil ou d’un sabre. J’ignore si le port d’armes est prohibé : toujours est-il que les gens qui viennent de très loin n’apportent pas leurs armes dans la ville. J’ai vu très souvent des personnes armées de lances et d’une autre arme, sorte de baïonnette de 60 centimètres de longueur, ayant un coude au milieu pour s’emboîter sur l’épaule. Cette arme se nomme sanégué, « fer en forme de serpent ». Ces deux armes sont plutôt des armes de luxe, car une simple trique vaut mieux pour attaquer ou se défendre.