Ici l’or se compte par mitkhal. Dans chaque qbaïla il y a un ou deux hommes possédant une petite balance à fléau : ce sont eux qui pèsent. Quand ils se rendent à domicile, ils reçoivent quelques cauries comme rétribution. Les poids dont ils se servent ne sont connus que d’eux ; ils consistent en charnières en cuivre, vieux cachets à cire, entrées de serrure, dents de bœuf, etc. Toute cette ferraille remplit une grande boîte. On suppose bien qu’avec ce système le pesage laisse à désirer. J’ai constaté que les poids dont se servait le peseur de Soumakhana étaient de 4 gr. 125, 4 gr. 150, 4 gr. 100, suivant qu’il pesait un, deux ou trois mitkhal ; il aurait été très avantageux d’acheter chez lui mitkhal par mitkhal ; le poids représentant huit mitkhal pesait exactement 30 grammes, ce qui met le mitkhal à 3 gr. 75 seulement.

Le mitkhal est donc, en général, de 4 gr. forts. Il vaut ici sira moukhan ni tan, c’est-à-dire 30 sira ou 6000 cauries. En estimant le mitkhal d’or à 12 francs (4 gr. à 3 francs), on trouve que 100 cauries valent 20 centimes et le sira kili 40 centimes ; il est impossible de faire de comparaison avec l’argent, car il n’y en a pas en circulation. Quand les lokho (orfèvres) en ont besoin, ils achètent la pièce de 5 francs environ 2500 à 3000 cauries, ce qui fait 5 à 6 francs.

On peut trouver à échanger un peu d’argent (en pièces de 50 centimes), peut-être 100 francs dans toute la ville, à raison de quinze à vingt pièces de 50 centimes pour un mitkhal d’or.

La pièce de 5 francs ici est appelée darahima ; c’est probablement le même mot arabe que drachme, en tout cas darahima est le même mot que le dorom ou doroma des Wolof et du Soudan français.

Depuis ma rentrée on m’a demandé souvent à quel prix j’achetais l’or. Je répondais : « A des prix variables et, en principe, toujours le moins cher possible ».

Étant donné que le mitkhal est un poids d’or qui vaut en France environ 12 francs (4 grammes à 3 francs) et que ce mitkhal a des subdivisions, demi, tiers, quart, dixième, etc., j’exigeais en échange de ma marchandise une quantité d’or plus ou moins considérable, suivant que je voyais mon objet plus ou moins plaire à l’acheteur.

Pour exiger 3 francs d’un objet, j’en demandais un quart de mitkhal d’or, ou alors le nombre de cauries avec lequel j’aurais pu me procurer cette quantité d’or.

Les bénéfices peuvent varier de 100 à 500 pour 100 et même au delà.

Quand, dans le courant de ma relation, je parle d’un objet qui coûte 3, 4, 5 francs, cela veut dire qu’avec le nombre de cauries que j’exigeais, j’aurais pu me procurer 3, 4, 5 francs en poudre d’or au taux de 3 francs le gramme.


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