Un des principaux articles d’échange à Kong est la noix de kola.
La noix de kola (ourou en mandé) constitue dans tout le Soudan un article de luxe, et donne, par cela même, lieu à de très importantes transactions.
Le Soudanais lui attribue les mêmes qualités que nous accordons au café. Pour l’indigène, le fruit mâché constitue un remède à bien des maux. A-t-il besoin de sommeil ? Le kola est un soporifique ! Doit-il veiller ? C’est le kola qui l’empêche de dormir ! Il calme la faim et la soif, et a, en outre, chez les noirs la réputation d’être un aphrodisiaque incontesté.
J’en ai usé le plus souvent possible pendant mon voyage ; chez moi, son action se traduisait surtout sur les nerfs ; il me semble qu’il augmentait, dans certaines circonstances, ma force de résistance et qu’il me permettait plus facilement d’endurer les fatigues.
Je le goûtais surtout quand je n’avais à boire que de l’eau croupie ou chargée de substances organiques.
Son goût étant excessivement amer, l’eau la plus mauvaise paraît bonne à boire après, et fait oublier l’odeur fade de la boisson qu’on vient d’avaler.
Mais là où j’ai surtout apprécié le kola, c’est par les services qu’il m’a rendus en me permettant d’en distribuer aux nombreux visiteurs que je recevais. C’est une politesse facile à faire, et quoique le prix du kola soit très élevé dans certaines régions, mon approvisionnement en marchandises me permettait de faire des achats fréquents de kola et de vivre en grand seigneur en en faisant de nombreuses distributions. C’est avec le kola que je me faisais des amis et que je déliais la langue des noirs qui daignaient me rendre visite. Combien d’itinéraires et de renseignements portés sur ma carte et dans la présente relation ne sont-ils pas dus à l’à-propos avec lequel je distribuais cette consommation de luxe !
Le kola était donc pour moi un excellent auxiliaire.
Pour bien définir les propriétés du kola, il faudrait en faire de minutieuses analyses, et surtout pouvoir employer en France le fruit frais, non séché.
Je le crois appelé à rendre de réels services. Pour l’Européen qui en use au Sénégal, son bienfait est indéniable. Tous ceux qui s’habituent à en mâcher s’en sont bien trouvés et ont été moins éprouvés par les fièvres. Pour moi, je crois que l’usage de ce fruit supprime l’essoufflement, prolonge le travail musculaire et calme assurément la faim. C’est un tonique par excellence.