A Sakhala, sur la limite des pays de production, la même charge de kola coûte 8 kokotla de sel, dont le prix de revient est de 8/12e d’une barre de 55 francs = 36 fr. 64 ; à Tengréla, la charge vaut déjà de 80 à 100 francs.

On peut dire que Kong, Kintampo et Groumania sont les marchés où le kola se paye le plus bas prix.

Partout le kola rouge de l’Achanti atteint le prix le plus élevé : 2400 kola coûtent à Kintampo 12000 cauries, c’est-à-dire 5 cauries pièce. Il est, à ce propos, intéressant de se rendre compte des bénéfices que peut réaliser un couple, homme et femme, se livrant à ce commerce. Le ménage quittant Kong avec une pacotille, ferronnerie ou étoffe, d’une valeur locale de 20 francs, se procurera à Kintampo ou Bondoukou environ 5000 kola, qu’il revendra à Bobo-Dioulasou. Avec le produit de la vente de ses kola, il achète deux barres de sel. Il emportera une barre et demie seulement à Kong, l’autre demi-barre servant à acheter quelques cadeaux à rapporter au pays et à subvenir à ses besoins en vivres pendant sa route.

Le trajet de Kong à Kintampo et de Kintampo à Bobo-Dioulasou et retour à Kong aura duré cent jours environ. La barre et demie de sel rendue à Kong représentant une valeur de 240 francs, le couple aura gagné 220 francs, c’est-à-dire 2 fr. 20 par jour ou 1 fr. 10 par jour et par personne, tous frais payés.

Il faut envisager l’existence que mènent ces gens-là. Ils marchent chargés chacun avec 30 ou 40 kilogrammes, et cela pendant la plus grande partie de la journée.

Arrivés à l’étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du bois, chercher de l’eau, souvent à plusieurs kilomètres de distance. S’il y a un enfant dans le ménage, la femme le porte sur le dos. Ils vivent sans feu ni lieu.

Surpris par les pluies, ils voyagent quand même, supportant toutes les intempéries sans se plaindre.

Quand le noir a travaillé avec sa femme pendant un an, il achète un esclave ; c’est la meilleure acquisition qu’il puisse faire, c’est un auxiliaire de plus pour travailler ; il vivra de la même façon que ses maîtres ; le bien-être des uns rejaillit sur les autres dans cette vie en commun.

Quand le cas se présente où l’esclave se sauve, le maître n’en est pas découragé pour cela. « C’est la volonté du Tout-Puissant », dit-il avec résignation. « Je vais aller chercher la fortune in chi Allaho, « si Dieu le veut ». Et il recommence.

Ne blâmons pas trop ce malheureux nègre. S’il y en a qui attendent paisiblement allongés sur leur natte l’occasion d’agrandir leur famille et d’augmenter leur bien-être par des rapines ou une guerre, il y en a d’autres qui sont bien méritants, et ce ne sont pas les moins nombreux.