Voici le même calcul par un marchand de kola allant de Bammako dans le Ouorodougou avec une barre de sel :
Il achète une barre de sel à Bammako de 55 à 60 francs, et vit sur son sel pendant six semaines que dure sa marche pour aller. Il dépense ainsi, y compris l’achat d’un panier de nattes, de feuilles à emballer et droits de passe, environ 3 ou 4 kokotla. Il lui en reste 8 à échanger, et je suppose qu’il prenne à Kani ou Touté des kola de grosseur moyenne et qu’on lui en donne 350 par kokotla, il aura donc échangé sa barre de sel contre 2800 kolas.
Pendant le voyage du retour, il achète sa nourriture et paye son hôte et ses droits de passe en kola ; il en pourrit également une certaine quantité en route ; les Dioula m’ont affirmé qu’il était difficile d’en rapporter à Bammako plus de bafoula kémé dourou (2000).
Les kola de cette variété se vendent en général au détail deux pour kémé (25 centimes), ce qui met le cent à 12 fr. 50 et porte sa charge totale à 250 francs.
Comme pour les vendre ce prix, il lui faut d’un mois à six semaines, il mange une partie de son bénéfice ; on peut dire que, l’opération terminée, il lui restera 180 francs, soit 120 francs de bénéfice pour quatre mois de travail de porteur et de vie de privations. Quelquefois il perd tout quand ses kola se gâtent ou qu’il est pillé.
Un des grands facteurs dans la conservation du kola est son mode d’emballage. Faute de précautions, il se gâte ou se racornit et dessèche, et par cela même perd toute sa valeur.
La feuille dans laquelle on emballe le kola est à peu près semblable à celle de l’arum, mais plus ouverte et d’un vert plus accusé. Elle est supportée par une tige très fine, d’environ 40 à 50 centimètres de hauteur. On la trouve généralement dans les endroits humides et ombragés.
La vraie feuille, vue à l’envers, porte sur sa partie gauche une bordure d’un centimètre de largeur, d’un vert plus foncé que le reste de la feuille. Ce vert est assez accentué pour qu’on puisse le reconnaître à un simple examen, surtout quand on la tourne vers le soleil ou un endroit éclairé.
Il existe beaucoup de feuilles analogues comme structure et l’on s’y trompe à s’y méprendre quand on n’est pas initié à la façon de les reconnaître.
Les fausses feuilles ne sont pas employées vertes ; pour les utiliser, il faut les faire bouillir très longtemps et les faire bien sécher avant de s’en servir : faute de cette précaution, au lieu d’être propices à la conservation du kola, elles hâtent, au contraire, la pourriture du fruit et développent la maladie du kola. Elles ne sont employées qu’à défaut de la vraie feuille, qui ne se trouve pas sous certaines latitudes.