Tous ces articles en fer, y compris le beurre de cé[63] de provenance des Dokhosié et du Lobi, sont portés sur le Djimini et l’Anno (Mango), d’où l’on rapporte beaucoup, en dehors du kola, un tissu blanc grossier rayé de bleu. Une bande de 1 mètre de long sur 12 centimètres de largeur vaut 100 cauries ou 20 centimes, ce qui porte le mètre carré à environ 1 fr. 60.
Les achats de kola ou de marchandises de provenance d’Europe à Salaga ou à Bondoukou se font avec des pagnes en bande bleu et blanc de divers dessins, appelés logué ici, et surtout contre une couverture en coton bleu et blanc imitant le dampé de Ségou, mais bien moins bonne et moins chère, qu’on appelle siriféba. Ces deux articles sont exclusivement fabriqués à Kong et par les gens de Kong établis aux environs. Le prix du premier article est très variable, à cause du dessin et de la largeur de la bande, mais celui de la couverture est invariablement fixé à 6000 cauries (12 fr.) ; à Salaga elle vaut 16000 cauries (25 fr. 60).
C’est sur la route Salaga, Bouna, Bondoukou, Kong, Bobo-Dioulasou et Djenné que se fait le plus de commerce.
L’autre débouché, par ordre d’importance, s’étend vers les régions belliqueuses de l’ouest : les pays de Pégué et de Tiéba, sur lesquels les gens de Kong dirigent chevaux, fusils, poudre, silex, etc., qu’ils se procurent à Groumania et échangent exclusivement contre des esclaves.
Le fusil en vente ici est d’un modèle unique (le boucanier femelle) et se vend à Kong même : sira mokho saba, ou 12000 cauries (24 fr.).
Il existe également un petit mouvement commercial entre les Komono, les Dokhosié et les gens de Kong, qui leur vendent des armes et de la poudre contre du beurre de cé. Cette graisse, portée dans l’Anno et le Coranza, est échangée contre des kola ou des tissus.
Les relations avec le Mossi sont difficiles, parce que les routes directes n’offrent pas de sécurité aux marchands, qui sont forcés pour gagner le nord d’aller chercher une route soit à Salaga, soit dans le Bondoukou, ou bien alors il faut qu’ils prennent la route du Dafina et du Yatenga à Bobo-Dioulasou : aussi le commerce est moins important ; on envoie cependant dans le Mossi le pagne rouge et surtout de la vaisselle en cuivre, et du laiton en fil. Ces objets s’échangent avec de beaux bénéfices contre des chevaux et des esclaves.
On peut dire que le commerce d’ici est exclusivement entre les mains des gens de Kong. Je l’ai déploré bien des fois, car cet état de choses est un obstacle sérieux pour l’Européen qui voyage et qui cherche à recueillir le plus de renseignements possible sur la région. Quand on est forcé de s’informer auprès des gens mêmes du pays, on n’est jamais aussi bien renseigné que par les étrangers, qui ne mettent aucune défiance dans leurs réponses et ne se perdent pas en conjectures à la moindre question indiscrète.
Les gens de Kong voyagent beaucoup ; on en trouve un peu dans toute la boucle du Niger. Ceux qui ont eu des revers de fortune en route se fixent momentanément dans le pays qu’ils traversent ; aussi jamais ils ne voyagent sans emporter un métier portatif, car tous, sans exception, savent tisser.
Il y a relativement peu d’animaux de bât ici, c’est pourquoi les transports se font en général sur la tête ; si ce mode de transport est plus pénible, il est bien moins coûteux et presque plus rapide : là où un noir passe seul, il ne passerait pas avec ses bêtes.