Chaque jour on trouve à acheter matin et soir tout ce qui est nécessaire à la vie, ainsi que le coton et l’indigo ; le soir, vers cinq heures, le marché est très animé. A cette heure-là il y a au moins un millier d’acheteurs et de vendeurs sur la place.
Quant au grand marché, qui a lieu tous les cinq jours, c’est une vraie foire. Le côté nord et les échoppes sont appelés mokholokho (marché des hommes) ; c’est là que se vendent les tissus, couvertures, fusils, bonnets, glaces, perles, aiguilles et autres objets de provenance européenne, tels que vaisselle en cuivre, saladiers en faïence, calicot écru, foulards, etc. La partie sud du marché est appelée moussolokho (marché des femmes) ; c’est là qu’on trouve les denrées, condiments, coton, indigo, fruits, bois, les marchandes de niomies, de victuailles, etc.
On abat tous les jours un ou deux bœufs, et les jours de grand marché, plusieurs. Les rognons appartiennent de droit à Diarawary (le maire). Certains jours, il m’envoyait jusqu’à douze rognons en cadeau.
On ne débite pas de dolo sur le marché. Les visiteurs vont boire dans le quartier de Soumakhana. Là se trouve un groupe de cases où les femmes n’ont d’autre occupation que la préparation et la vente du dolo ; les jours de grand marché il s’en débite plusieurs hectolitres. Les buveurs sont assis dans les cases et se font servir dans des calebasses plus ou moins grandes ; le litre coûte environ 20 à 25 centimes. Ce qu’il y a de bien curieux, c’est que le monopole de la brasserie à dolo appartient à un groupe de fervents musulmans.
Je n’ai vu ni légumes ni fruits nouveaux sur le marché ; on trouve cependant à acheter ici du tintoulou[64] et du tingolotoulou[65] (tinkouloutoulou) ; on se sert aussi comme graisse du pépin pilé d’une courge sauvage appelée sira. Cette graisse donne très bon goût aux sauces de viande.
Comme il y a une cinquantaine de chevaux dans la ville, je priai mon hôte Karamokho-Oulé de vouloir bien me chercher une monture passable à un prix raisonnable. Il me trouva bientôt un cheval de cinq à six ans, qui me coûta 400000 cauries. Son propriétaire venait de Dafina et voulait le vendre contre des captifs à Pégué. Je comptais le décider à accepter du corail, des étoffes ou des armes en échange, mais il ne voulait vendre sa bête que contre des captifs ou 400000 cauries (sira ourou foula, environ 800 francs). Sur les conseils de mon diatigué (hôte), je me décidai à vendre au détail les marchandises nécessaires jusqu’à réalisation de la somme fixée.
Je fis un choix d’articles qui ne sont pas partout de vente courante, afin de conserver intact mon stock précieux, car, en dehors des marchandises que je savais recherchées par les noirs, j’avais emporté de France d’autres articles achetés en solde, afin de voir s’il est possible de les écouler dans les régions que j’avais à traverser.
J’ai vendu pour réaliser cette somme :
| Des galons en laine de toute nuance | ⎫ ⎪ ⎪ ⎬ ⎪ ⎪ ⎭ | provenant de soldes. |
| Des galons en dentelle de couleur | ||
| Des boutons de livrée démodés | ||
| Des chromos | ||
| Des colliers et chaînes à chiens | ||
| Des foulards et fichus soie et coton | ||
| De l’étamine défraîchie | ||
| Des hameçons, aiguilles à coudre etd’emballage, des alênes de sellier, par centaines seulement, desperles blanches pour chapelets, du papier, etc. | ||
J’ai de plus dû vendre à mes protecteurs et à quelques amis douze pistolets à silex, six pièces d’étoffe, deux couvertures, quelques colliers de perles, un peu de corail et quelques coudées de soieries.