Les ruches sont disposées sur des arbres de diverses essences, solidement amarrées avec des harts, et orientées l’ouverture face au sud. Quand une ruche est pleine de rayons, les indigènes ouvrent la porte et enlèvent environ la moitié des rayons, laissant l’autre aux insectes afin de les conserver. Ce miel est porté dans les grands villages et vendu sur les marchés ; on le mange le matin avec les niomies ; on en fait aussi de l’hydromel, qui est bu par presque tous les musulmans.

Bien qu’ils soient nus et qu’ils aient toutes les allures d’un peuple encore sauvage, les Dokhosié sont en train de se civiliser. Les hommes sont tous circoncis et s’enivrent moins que les Komono. Comme ces derniers, ils oublient peu à peu leur langue pour adopter le mandé-dioula, qu’ils connaissent déjà tous. Les villages neufs sont en outre très propres, ce qui est certainement un progrès.

Tous les Dokhosié reconnaissent l’autorité des Ouattara, qui les emploient actuellement à réprimer quelques désordres et châtier quelques villages rebelles du Tagouara. Leur chef de colonne se nomme Sabana Ouattara ; il est Mandé-Dioula, et réside pour le moment avec les guerriers dokhosié à Dandé (route de Dioulasou à Djenné). Tous les Dokhosié sont armés de fusils.

Le tatouage des Komono, des Dokhosié et des Tiéfo est analogue à celui des Mandé-Dioula : trois grandes cicatrices coupant obliquement les joues de l’oreille au coin de la bouche, où elles viennent rayonner. Quelques-uns y ajoutent une petite cicatrice semblable à un accent aigu à hauteur de la narine droite ou gauche ; de plus, le ventre des hommes et des femmes est agrémenté de douze grandes cicatrices disposées en rayons autour du nombril, qui est pris comme centre.

Ce sont les Mandé qui ont, à leur arrivée dans le pays, adopté le tatouage de ces sauvages, comme les Mandé-Dioula du Ouorodougou ont adopté celui des Siène-ré parmi lesquels ils vivent. Si je n’apportais pas plus loin une autre preuve de ce que je viens d’avancer, il serait plus logique de supposer que ce sont, au contraire, ces peuplades qui ont adopté le tatouage des Dioula, puisqu’ils leur ont déjà pris leurs diamou et leur langue, le mandé-dioula.

Ces trois peuples, Komono, Dokhosié, Tiéfo, de leur propre aveu appartiennent à une seule et même famille ethnographique et linguistique, à laquelle se rattachent encore deux peuplades moins importantes et presque disparues : les Gan-ne, qui habitent au sud du Lobi, et les Dian-ne, qui habitent au nord de ce même pays, dans le triangle formé par le territoire des Bobofing, le Dafina, le territoire des Bougouri et le Lobi.

Vendredi 6. — Le chef du village de Dissiné me fait conduire à Sambadougou. L’étape est peu fatigante ; on ne traverse que Siracorodini, appelé aussi Wangorodini. C’est le premier village tiéfo. J’y suis très bien accueilli, et le lendemain le chef met sans difficulté un homme à ma disposition pour me conduire à Koumandakha, où j’arrive de bonne heure.

Samedi 7. — Je vois ici des forgerons pour la première fois depuis mon départ de Kong.

En jetant un coup d’œil sur le croquis de la route suivie on sera certainement étonné de voir combien les étapes des marchands sont réglées avec peu de soin ; mais quand, comme moi, on a vécu de la même existence et qu’on a même été forcé de faire comme eux, on se rend facilement compte des exigences qui président au choix des gîtes d’étape.

Les Dioula cherchent avant tout les villages hospitaliers, car, bien que la femme du lamokho (marchand, voyageur) porte sur sa tête tout son ménage, il y a bien des petites choses qu’elle est forcée de demander aux habitants.