Mais c’est dans l’est et dans le sud-est que l’on découvre le plus de sommets. C’est la chaîne des collines du Lobi se terminant par le pic des Komono. D’ici on se rend très bien compte du coude qu’il force à faire au Comoé près de Yakasi.
Cette première ascension terminée, on continue à s’élever en gravissant de larges terrasses de grès stratifiés formant comme un escalier par lequel on s’élève progressivement jusque sur le sommet du plateau. Puis on atteint Mai, joli village tiéfo enfoui dans une belle forêt de rôniers. Cette deuxième ascension nécessite encore le déchargement des animaux. Du pied du soulèvement au sommet, la différence de niveau est de 80 mètres (Mai : altitude 780). Mai offre le vrai type du village tiéfo, aussi vais-je le décrire pour initier le lecteur à ce nouveau genre d’habitations.
Le logement d’une famille de Tiéfo se compose d’une construction en terre glaise d’une quinzaine de mètres de longueur sur 8 à 10 mètres de largeur et comporte un rez-de-chaussée et un premier étage. La distribution intérieure varie naturellement selon le caprice du propriétaire, mais le type général est celui dont je donne le croquis et la légende à la page suivante.
Ces constructions permettent aux Tiéfo, qui ne sont pas vêtus, de séjourner dans des endroits offrant des différences de température assez sensibles entre elles, les diverses parties de ces constructions étant plus ou moins exposées au soleil, à la fraîcheur de la nuit ou à la brise.
Les habitations de deux familles sont généralement accolées ; dans ce cas, la distribution intérieure de celle de gauche diffère un peu de celle de droite.
Logement pour deux familles tiéfo.
Mai comporte une dizaine de groupes de deux familles, disséminés sur le plateau et séparés entre eux par des rôniers ou des groupes de bombax, de ficus ou de finsan. Sous ces arbres sont disposées en guise de nattes de larges dalles de grès prises dans la montagne et sur lesquelles les Tiéfo flânent pendant les heures chaudes de la journée. Ce qui donne encore un cachet particulier à Mai, ce sont les magasins à mil, qui ont exactement la forme de flacons à pharmacie.
De Mai on aperçoit les toits en paille de Dasoulami ; j’atteins ce dernier village vers onze heures du matin et suis immédiatement installé chez le chef de village, Karamokho-Dian Barou. L’accueil est bienveillant. Je retrouve du reste ici Karamokho Mouktar et l’autre vieux Dioula qui m’ont pris sous leur protection et ont préparé la population à mon arrivée.
Karamokho-Dian m’assure que d’ici je pourrai gagner sans difficulté Bobo-Dioulasou et Kotédougou, mais que la prudence commandait de séjourner ici quelques jours afin de lui permettre de préparer mon entrée dans ces villages. « Personne n’a vu de blanc dans ce pays, me dit-il, on te craint parce qu’on a peur que tu ne jettes un sort au pays : les blancs sont si intelligents et connaissent tant de choses, que nous en avons peur. »