J’ai rencontré chez lui plusieurs marchands de ce pays ; tous m’ont assuré que je serais bien reçu par le chef de Waghadougou, où je veux me diriger. Le fils du chef de Mani était également ici, et j’aurais volontiers fait route avec lui, mais il ne retourne pas de suite et doit auparavant faire encore deux ou trois voyages de Djenné à Dioulasou.
Il se tient ici, tous les cinq jours, un marché assez fréquenté ; c’est un marché de denrées seulement ; on trouve cependant à y acheter des bandes de coton blanc venant du Tagouara ; j’y ai aussi vu des boules de tiges d’oignons, sorte de julienne d’oignons qui est apportée de Bouna et vendue aux ménagères pour mettre dans les sauces.
Aspect des hauteurs à parois verticales du plateau de Dasoulami et de Bobo-Dioulasou.
Les gens du Dasoulami font un commerce de transit avec le sel, les kola, la ferronnerie et le koyo ou guisé, mais il est difficile d’apprécier l’importance de ce mouvement commercial ; je puis cependant avancer que les cauries sont rares ici et que deux ou trois familles seulement vivent dans une aisance relative. Je reviendrai sur le commerce de cette région à propos de Bobo-Dioulasou.
Pendant mon séjour ici j’ai vu une jeune fille qui avait les fesses tellement saillantes que je n’hésite pas à croire qu’elle est d’origine sud-africaine ; elle est du reste, comme type, couleur de peau et forme de seins, en tout semblable à la Hottentote exposée au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Elle allait par les rues entièrement nue et portant toujours une petite calebasse sur la tête. Je m’informai de son propriétaire afin de savoir où il l’avait achetée et au besoin faire causer cette femme. Mais ce dernier, en fait d’explications, ne me raconta qu’une chose, c’est qu’il l’avait achetée enfant à Dioulasou et qu’il avait fait une fort mauvaise affaire, parce que cette fille est un peu folle : c’est ce qu’on appelle dans nos campagnes une innocente ; elle ne connaît rien sur son origine ; c’est une captive des Bobo, voilà tout ce que j’ai pu en apprendre. J’avais déjà vu une femme semblable à Sambadougou, mais la malheureuse était pour ainsi dire aveugle et totalement abrutie. Comment ces pauvres êtres sont-ils venus jusqu’ici, je me le demande. Si elles sont vraiment d’origine hottentote, pendant combien d’années et par quels chemins leurs malheureuses mères ont-elles été traînées ! Je serais plutôt porté à croire que dans des régions moins éloignées de nous que le bassin du fleuve Orange, dans un coin inconnu de cette mystérieuse terre d’Afrique, il y a encore quelques tribus de la même famille ethnographique.
C’est à Dasoulami que j’ai vu pour la première fois des lépreux, il y en avait trois dans le village ; on ne semble pas redouter la contagion. Ces hommes, quoique ayant les extrémités des mains et des pieds rongées, ne mangeaient pas à part et vaquaient parmi les autres personnes comme si de rien n’était.
Mardi 19 avril. — J’ai quitté Dasoulami accompagné par le frère de Karamokho-Dian qui doit me mener près de Guimbi, sa sœur aînée. Cette femme, qui est la veuve d’un chef, jouit, paraît-il, d’une grande considération dans la région ; c’est elle qui doit me faire présenter au chef des Bobo à mon arrivée.
Au départ, Mory Sory et beaucoup de musulmans sont venus me serrer la main et me souhaiter bon voyage.
La route est monotone, le plateau est presque dénudé, on coupe quelques oasis de jeunes rôniers et l’on traverse deux ruisseaux à eau courante ; vers le nord-ouest, le pays se relève assez sensiblement, on aperçoit dans cette direction une double ligne de collines. Plusieurs Bobo sont installés de distance en distance sur le bord du chemin et y vendent du mboin ; ce vin de palme est frais et vient d’être récolté ; celui que j’ai goûté à Dasoulami n’est pas buvable pour un Européen : il entre dans sa composition un noyau pilé qui est excessivement amer et qui lui donne un goût désagréable.