Quelques-uns de ces Haoussa sont des travailleurs, mais les autres, la grande majorité, quoique musulmans, s’adonnent à la boisson d’une façon peu raisonnable. Chez Guimbi, où j’habite, on débite de l’hydromel : ce sont eux les meilleurs clients. Presque tous ceux que j’ai connus ici venaient de faire partie d’une expédition contre le Gourounsi et n’en avaient rapporté comme fortune que quelques blessures de flèches. Leurs femmes haoussa ou yorouba sont de vraies ménagères : du matin au soir, elles s’occupent à filer du coton pendant que leurs maris dépensent ce qu’elles gagnent, et au delà, à boire du bési (hydromel). Beaucoup de ces femmes seraient jolies si elles n’étaient pas défigurées par une cicatrice qui commence au cuir chevelu pour finir à l’extrémité du nez, et une autre perpendiculaire à la première qui coupe le nez et la figure en deux ; elles ont aussi l’habitude de se rougir les dents en mâchant du kola et en se frottant ensuite les dents avec des fleurs de tabac.

J’ai remarqué que les Haoussa ne disent pas Djenné en mouillant le d pour obtenir le son du ج arabe, mais ils prononcent le nom de cette ville comme on le lirait en français, en ne prononçant presque pas le d : (d)Jenné.

Le marché de Bobo-Dioulasou a lieu tous les cinq jours et la veille du marché de Dasoulami ; on y trouve tout ce qui est nécessaire à l’existence, et, en ce sens, il est bien approvisionné. En fait de marchandises européennes, il s’y vend : le foulard rouge imprimé, à très bon marché ; quelques colliers de corail ; des pierres à fusil et quelques verroteries ; on y trouve aussi des bandes de coton du Tagouara, des fibres d’ananas écrues, rougies au kola ou teintes à l’indigo, pour broder les vêtements.

Il ne manque pas non plus de barbiers ambulants, ni de pédicures-manicures. Cette dernière profession est exercée par des gamins qui, à l’aide d’une méchante paire de ciseaux, coupent les ongles des pieds et des mains, à raison de 4 cauries par individu.

L’opération terminée, le pédicure remet au client les rognures des ongles, que ce dernier a soin d’enterrer précieusement dans un petit trou.

Mais la coutume qui m’a paru la plus singulière est la promenade, à travers le marché, d’un morceau de bois de 1 m. 20 de long, enroulé de chiffons, sur lesquels sont fixées des plumes de poule, le tout porté par un individu qu’accompagne un joueur de tam-tam, avec de nombreux gamins formant cortège.

L’heureux loustic.

Devant chaque marchand, le porteur du gris-gris le pose par terre avec cérémonie et puise à l’aide d’une petite calebasse à manche, qui peut contenir un litre environ, dans la calebasse du vendeur, sans que celui-ci proteste.

L’heureux loustic s’empare ainsi de tout ce qui lui convient, mil, riz, piments, sel, savon, graisse, etc., et dépose sa récolte dans les grandes calebasses que portent des gamins.