C’est en vain que j’ai demandé aux Mandé ce que cette coutume signifiait ; ils m’ont tous répondu que quand ils sont venus se fixer ici, cela existait déjà ; ils ne s’en préoccupent pas plus que cela. Probablement que le possesseur du fameux gris-gris, moyennant une petite gratification, les prévient quand il se dispose à faire un tour au marché.
Le commerce de transit a lieu dans les cases ; à cause de cela, il est difficile d’en apprécier l’importance. Ce commerce consiste en échange de sel, ferronnerie, bandes de coton, contre des kola. Ce sont là les principaux articles ; il y en a bien d’autres ; je les ai énumérés en parlant de Kong, je n’ai rien à y ajouter, si ce n’est qu’ils entrent pour une faible part dans le mouvement commercial de Dioulasou. Le commerce se fait à l’intérieur des cases ; c’est le diatigué (l’hôte) qui joue le rôle de courtier ; quand des étrangers descendent chez lui avec du sel, par exemple, c’est lui qui s’occupe de le leur faire vendre avantageusement et les abouche ensuite avec des gens venus avec des kola ou toute autre marchandise. Il serait, dans ces régions, de la plus grande impolitesse d’acheter ou de vendre quoique ce soit sans passer par l’intermédiaire du diatigué.
Pendant les vingt jours de route de Kong à Dioulasou j’ai soigneusement noté le nombre d’animaux et de porteurs que j’ai croisés en route.
Voici les chiffres :
| Sel. | Ferronnerie. | Tissus coton indigènes. | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 62 | ânes porteurs de : | 135 | barres | 10 | paniers | 6 | rouleaux |
| 12 | bœufs porteurs de : | 53 | — | — | — | ||
| 303 | porteurs de tout âge : | 220 | — | 26 | — | 65 | charges |
| Total pour les 20 jours : | 408 | barres | 36 | paniers | 71 | charges | |
| Chiffre total pour toute l’année : | 7344 | barres de sel | 648 | paniers | 1278 | charges |
| En chiffres ronds : | 7500 | — | 650 | — | 1300 | — |
Encore, dans cette énumération, il m’échappe forcément les marchandises qui suivent les sentiers latéraux passant par Donagué ; je ne compte pas non plus les animaux : bœufs, moutons, ânes, chevaux, etc. Je crois donc être au-dessous de la vérité en évaluant à 1200000 francs la somme des importations vers Kong pendant une année sur cette seule route de Kong à Bobo-Dioulasou.
Je puis sans hésiter avancer que les deux tiers de ces importations sont achetées avec des kola ; l’autre tiers est acquis avec du ponguisé (pagnes rouges de Kong), des cotonnades indigènes rayées bleu et blanc, des pagnes en calicot teints à Kong on Dioulasou, quelques armes, de la poudre, un peu de cuivrerie, du corail, du coton de couleur en fil, des foulards, quelques perles, etc. On peut admettre que les marchandises européennes ne rentrent que pour environ 100000 francs dans le mouvement commercial actuel sur la seule route de Dioulasou, Kong et Djenné.
La proportion des marchandises européennes dans les transactions pourrait certainement entrer pour moitié dans la valeur totale des importations, ce qui peut nous donner un champ d’opérations qui n’est pas à dédaigner, si notre commerce veut sérieusement s’en mêler.
Bobo-Dioulasou n’a actuellement aucune relation avec Sikasso, dont elle n’est éloignée que de douze petites journées de marche et avec laquelle ce marché traite quelques affaires en poudre, armes, captifs et chevaux en temps ordinaire.