Menguéra, d’après mes renseignements, n’est pas une ville, comme l’écrivent Caillié et Barth ; on entend ici par Menguéra tout le pays que nous connaissons sous le nom de Mienka, Mianka ou Mienkala, dont les centres principaux sont : Ngana, Tiéré, Fienso, Néneinsou, Ouattara et Djitamana. J’ai obtenu un bon itinéraire vers cette région. Quelques marchands portent des kola dans le Menguéra et en rapportent du sel.

Il existe encore un autre lieu d’échange pour le kola et le sel au sud-ouest de Djenné, on le nomme Faramakhana.

Le Mossi envoie quelques chevaux à Dioulasou et Dasoulami. Les marchands ne vont pas tous chercher le kola à Salaga ou dans le Gottogo, ils poussent généralement jusqu’à Kintampo (à environ huit jours de marche au sud-ouest de Salaga) ; pour s’y rendre, ils prennent la route de Lobi et de Bouna.

J’ai trouvé ici deux mots français en usage : le mot carda, désignant la carde à peigner le coton, et le mot barifiri (barre de fer), indiquant la quantité d’or qu’il fallait jadis porter à la côte pour obtenir une barre de fer. Le barifiri pèse 4 mitkhal, environ 17 grammes d’or, et coûte 120 à 130 sira de cauries. C’est une façon de parler que de donner le prix de l’or ; je n’ai pu en trouver une seule barifiri, même en en offrant 150 sira, d’où l’on peut inférer que s’il y a un peu d’or ici, il n’y en a pas suffisamment pour le faire entrer en ligne de compte comme objet de commerce.

1o Contrairement à ce que nous supposions, il existe au Soudan cinq variétés de sel de provenances bien diverses. Tout le sel, qui est consommé dans cette région jusqu’à Kong et au delà vient, d’après les Haoussa et les gens de Djenné que j’ai interrogés, des mines de sel gemme de Taodéni par Tombouctou à Djenné. Ce qui m’a frappé, c’est qu’il est absolument blanc, d’un grain très fin, et qu’écrasé il ressemble à notre sel fin de table. C’est une contradiction formelle avec ce que dit Barth : « Celle qui est la plus recherchée des cinq couches de sel des mines de Taodéni s’appelle El-Kahéla (la noire) ; sa couleur, en réalité, n’est pas noire, mais consiste en un beau mélange de noir et de blanc qui ressemble beaucoup au marbre. »

Il est impossible que Barth, qui est resté si longtemps à Tombouctou, fasse erreur ; je crois plutôt que cette quatrième couche a été épuisée quelques années après le passage de ce voyageur, et qu’actuellement ce sel blanc provient ou bien des trois premières couches, ou bien de la cinquième.

Les barres les plus légères pèsent au moins 32 kilogrammes ; elles sont marquées à l’encre de diverses façons.

Quelquefois ces marques sont accompagnées de noms propres ; j’y ai relevé ceux d’Omar, d’Othman et de Moussa. Ce sont probablement les noms des premiers acheteurs ou du producteur.

Les prix que donne Barth ont tous changé. Ce voyageur a vu vendre, à Tombouctou, les kola de 10 à 100 cauries ; leur valeur a depuis considérablement augmenté. Dans toutes les régions voisines des marchés que j’ai traversés, le plus petit kola coûtait toujours plus de 10 cauries ; il n’y a que le kola de Mango qui coûtait à Kong 5 cauries, mais qui, à Dioulasou, en vaut déjà de 20 à 25, et c’est le meilleur marché.

En 1855, Barth dit que le sel est envoyé de Djenné à Sansanding, où il est payé 2 mitkhal d’or la barre. Actuellement il vaut à Djenné de 20 à 25 ba de cauries, c’est-à-dire 3 mitkhal d’or ; rendue à Sansanding, la barre vaut 40000 cauries, chiffre bien trop élevé pour pouvoir lutter contre les sels de Tichit, venant par Ségou. D’après les renseignements que je crois avoir puisés à bonne source, le sel de Taodéni ne dépasse pas à l’ouest Sâro et San. La route qu’il suit est Taodéni, El-Arouan, Tombouctou, Kabara, Sofouroula, Hamdallahi, Bandiagara, ou bien encore Mopti, Niala, Djenné, Sâro, Bla. Ces marchés alimentent le Libtako, le Djilgodi, le Mossi, le Kipirsi, le Mianka, Bobo-Dioulasou et les États de Kong, une partie du Gourounsi, Oua et Bouna.