Diawé ne trouva à Kotédougou que Mamorou, connu sous le nom de Morou, un Ouattara, fils de Kankan, parent de Karamokho-Oulé, chef de Kong. Morou fit quelques difficultés pour me recevoir, mais quand il eut pris connaissance de mon sauf-conduit, il n’hésita plus ; c’était, d’après la lettre, bien chez lui que je devais me rendre et passer pour aller dans le Mossi. Lorsque Diawé lui demanda pour moi un homme pour me conduire chez Kongondinn, afin de conférer avec celui-ci sur le chemin à suivre, il avoua que ce dernier chef lui avait ordonné de faire le nécessaire pour me faire gagner le Mossi, et qu’il ne désirait pas me voir, de peur de mourir en voyant un blanc, etc. Ce refus me contraria beaucoup, d’abord parce qu’il m’enlevait l’occasion de juger de l’importance et de relever les deux rivières qui forment la branche occidentale de la Volta et d’amorcer les routes de Djitamana et de Djenné ; ensuite parce que depuis ma sortie de Kong c’est le cinquième chef qui refuse d’entrer en relations avec moi et de me voir. Voici leurs noms :

Voyageant dans d’aussi tristes conditions, je laisse à penser s’il m’est permis de faire utile besogne. Presque accusé de sorcellerie par cette population ignorante, et suspecté comme un être malfaisant, il m’est extrêmement difficile d’obtenir des renseignements sur la région que je parcours, toute question imprudente, tout acte de ma part mal interprété pouvant me faire sans merci rebrousser chemin. Je suis donc obligé de me tenir sur la plus entière réserve ; il ne m’est permis de voyager que très lentement et de ne m’avancer qu’avec la plus grande prudence, n’étant effectivement protégé par aucun chef du pays.

Si jusqu’à présent j’ai réussi à pénétrer jusqu’à Dioulasou, ce n’est que grâce à ma lettre de recommandation de Kong et à de nombreux cadeaux. Si je voyageais avec une simple petite pacotille, dès le quatrième ou cinquième jour de route je me verrais forcé de revenir en arrière, abandonné par tous ceux (musulmans et fétichistes) qui, peut-être, ne me secondent actuellement que par intérêt.

A Dioulasou j’ai été, plus qu’ailleurs, obsédé par des gens qui me demandaient des médicaments ; s’il y a une sollicitation de laquelle il faut se méfier, c’est bien celle-là.

Qu’un malade auquel on aurait administré un médicament absolument inoffensif, pour se débarrasser de son obséquiosité, vienne à mourir, sûrement l’Européen sera accusé de lui avoir jeté un sort ou d’avoir précipité sa mort.

C’est ainsi que le major Laing, qui soignait une vieille femme, près d’El-Arouan (au nord de Tombouctou), fut accusé par les Bérabisch de l’avoir empoisonnée et fut assassiné.

Voici comment je me tirais d’embarras ; cette méthode m’a toujours réussi et me procurait, outre l’avantage de m’éviter des clients, celui de me concilier l’amitié de la plupart des indigènes.

Je répondais invariablement aux solliciteurs :

« C’est vrai, les blancs connaissent beaucoup de médicaments, mais ils sont propres à leur pays. Allah a donné à chaque pays et à chaque peuple les médicaments et les plantes qu’exige le climat. Nos médicaments, qui sont bons pour nous, seraient certainement dangereux pour vous. Pourquoi me demandez-vous cela, à moi qui suis étranger ? Vous avez ici des vieillards à barbe blanche qui voyagent depuis plus de cinquante ans dans la brousse et qui connaissent tout : ce sont eux qu’il faut consulter ; leurs conseils ne vous feront pas défaut, j’en suis sûr ; adressez-vous à eux, Allah vous aidera. »