Les anciens, accroupis autour de moi, et l’auditoire entier ne manquaient jamais de dire en forme de conclusion : « Ce blanc parle bien, et ce qu’il dit est vrai, ini-sé, « merci ».
L’imam de Dioulasou, lui aussi, venait me demander des remèdes et des préservatifs contre les maladies, la guerre, les revers de fortune. Ce qu’il tenait surtout à savoir, c’est le nom des deux femmes d’Abraham. « Si tu me les apprends, me disait-il, ma fortune est faite, parce que j’ai rêvé cela la nuit, il faut que tu me le dises, j’ai absolument besoin de le savoir, sans quoi je ne réussirai nulle part. » Un autre musulman m’a demandé avec instance de lui révéler le nom de la femme de Jacob.
Ces malheureux sont d’une naïveté, d’une crédulité, dont rien n’approche. Heureusement qu’ils n’ont pas affaire à une société plus avancée qu’eux, sans quoi ils se feraient exploiter dans la belle acception du mot.
Mercredi 25 avril. — Le départ de Bobo-Dioulasou a lieu sans incidents : l’imam et quelques musulmans m’accompagnent jusqu’à la sortie du village.
Après avoir traversé Goua (village bobo), on atteint l’extrémité du plateau Dasoulami-Dioulasou, dont la descente a lieu assez facilement et ne nécessite pas le déchargement des animaux. On chemine ensuite le long de la base de ce soulèvement.
Dans la plaine on ne découvre que quelques collines mamelonnées peu élevées, isolées, semées au hasard, et n’ayant l’air de se rattacher à aucun système orographique. Sur une de ces collines est perché un village bobo nommé Koro, au pied duquel passe la route de Bouna.
Partout autour de la base du plateau se trouvent entassés de gros blocs de granit arrondis ; ailleurs ce sont des grès anguleux disposés et amoncelés d’une façon bizarre : on se croirait presque dans le lit d’un ancien glacier.
Il n’en est rien cependant, car nulle part je n’ai remarqué de traces d’affaissement ni de vestiges de moraines. Les couches de grès sont bien horizontales et disposées régulièrement. Ce désordre géologique est plutôt dû à l’action des eaux, qui, aidées des agents atmosphériques, ont à la longue désagrégé une partie de ce grand plateau, enlevé et entraîné les terres meubles, laissant à nu les blocs jadis recouverts de terre végétale, et érodé les hautes terres, dont les mamelons de la plaine ne sont plus en quelque sorte que les témoins.
A Bokhodougou on s’éloigne légèrement du plateau pour s’en rapprocher un peu plus loin. A la sortie de Niamadougou on franchit le dernier contrefort par un petit col d’où l’on aperçoit Kotédougou.
En approchant du village, je fus frappé de l’animation qui régnait aux abords ; je me demandais ce que cela signifiait, lorsque Diawé, qui a meilleure vue que moi, me dit : « Ici, ma lieutenant, jamais des dou qui fini », ce qui dans son langage veut dire : Il ne manque pas de dou par ici.