Il y en avait, en effet, partout, autour des cases, sous les arbres, dans les champs, dansant, faisant la roue, marchant sur les mains et courant de temps à autre après les spectateurs.

J’avais déjà vu de ces êtres grotesques à Dioulasou ; je vais dire ce que j’en sais :

Les dou sont des individus ridiculement déguisés, portant des vêtements sur lesquels on a cousu du dafou (chanvre indigène), des fibres et des feuilles de palmier ban ; comme coiffure, ils ont un bonnet ou une calotte également en dafou, surmonté d’un cimier en bois rougi à l’ocre, ou quelquefois muni d’un bec d’oiseau également en bois. Deux trous sont ménagés dans la calotte pour les yeux.

Ces dou sont abreuvés gratuitement de dolo par la population, qui leur fait cortège ; nuit et jour ils circulent dans le village, dans les champs, et rossent d’importance les gamins et quelquefois les grandes personnes, quand ils en rencontrent d’assez naïves pour avoir peur d’eux. Habillés de la sorte, circulant par la grande chaleur et buvant force dolo, on a vu de ces individus devenir ivres furieux et assommer des gens à coups de trique.

Promenade des dou.

C’est une coutume des Bobo : à la nuit tombante et au petit jour, les hommes suivent les dou en chantant en chœur à pleins poumons un air grave qui n’est pas sans harmonie. Malheureusement ce chant est entrecoupé par des cris de bêtes féroces que pousse ce peuple à demi sauvage.

Cette promenade des dou n’a lieu que rarement. Les Mandé, qui ne sont pas observateurs, ne m’ont pas renseigné, mais je crois pouvoir affirmer que c’est surtout à l’entrée de l’hivernage qu’ont lieu ces cérémonies. Pour eux, les processions dans les lougans ont peut-être pour but d’en chasser les esprits malfaisants au moment de la culture, ou bien encore de faire pleuvoir.

Chez les Bambara et les Malinké du haut Sénégal, il existe aussi des dou, mais ceux-ci sont inoffensifs. J’en ai vu deux un soir à un tam-tam de Komantara (Médine) chez Demba Sambala qui ne venaient là que pour danser. Les Khassonké les appellent mama (ancêtres).

Kotédougou était encore il y a une trentaine d’années un village peuplé exclusivement de Bobofing. Quand Kongondinn Ouattara et son frère Pinetié vinrent des environs de Kong (route de Djimini), avec leurs captifs à leur suite, s’y fixer, les Mandé suivirent, et peu à peu les immigrants formèrent deux villages. Le groupe total prit alors le nom mandé de Kotédougou. Ce changement de nom n’est pas rare dans cette région. En jetant un coup d’œil sur l’itinéraire que j’ai parcouru pour me rendre de Kong ici, on remarquera que les villages traversés par le chemin Kong-Djenné portent en majorité des noms mandé, quoique la plupart d’entre eux aient été créés par des Komono, des Dokhosié, des Tiéfo, des Bobo, et aient porté, à l’origine, des noms d’étymologie autochtone.