Je fis à Karamokho Mouktar un petit cadeau dans lequel figuraient, entre autres menus objets, un pistolet et un beau surtout, qu’il me renvoya, disant que c’était beaucoup trop. Comme j’insistais pour lui faire accepter ces objets, il consentit à garder le pistolet, disant qu’il était très heureux de le posséder puisque je le lui offrais de si bon cœur, mais qu’il n’accepterait pas l’étoffe.
Les assistants rendant leurs devoirs à Karamokho Mouktar.
Il fixa mon départ au 26, me promettant de me faire conduire aux Mossi de Boromo, qui, par leurs relations et la connaissance des pays de la rive gauche du fleuve, me feraient gagner sans difficulté soit le Yatenga et Ouadiougué sa capitale, soit le Mossi et Waghadougou, à mon choix.
La population entière du Dafina n’est formée que de diamma ou de lounta ou louna. Ces deux mots signifient en mandé « étrangers ». Elle se compose de deux éléments principaux, venus à des époques différentes. La première migration importante dont les gens du pays ont conservé le souvenir est celle qui a suivi le désagrégement de l’ancien empire de Mali (vers la fin du XVIIe siècle).
A cette époque, des familles d’origines diverses ont quitté les villes des bords du Niger, entre autres Nyamina, Ségou, Sansanding, Saro et Djenné, et se sont portées, d’abord vers Djenné, puis de là vers le Dafina actuel, où elles ont trouvé déjà établies parmi les Bobo-Niéniégué d’autres familles de même origine qu’elles, venues antérieurement dans le pays et déjà un peu mélangées avec les Bobo-Niéniégué. Sur l’époque de l’arrivée des premiers Dafing je n’ai rien pu apprendre. Quand on cherche à éclaircir un fait qui a plus de deux siècles d’existence, il n’est pas possible de rien obtenir de précis chez ces peuples sans traditions ni histoire ; ils n’ont souvenir que d’une chose, c’est qu’ils viennent de l’ouest.
Le deuxième élément qui a fourni un appoint sérieux à cette population est venu ici au moment des guerres d’El-Hadj Omar, de 1850 à 1862. Tout ce qui se dit Dafing à Ouahabou vient du Fouta sénégalais, du Bondou, Bambouk, Khasso, Logo, Bakel, Guidimakha, Dialafara, Kingui, Kaarta, Bakhounou, etc. Dès le deuxième jour de notre arrivée, mes indigènes avaient lié connaissance avec tout ce monde-là, qui s’informait, les uns de leurs anciens villages, les autres des personnes qu’ils avaient laissées au pays, etc. ; ces familles ont suivi le même chemin que les premières et ont traversé le Niger en trois endroits principaux : Fogny, Nyamina et Bammako.
Les enfants de ces derniers venus sont déjà tatoués comme les Dafing, et parlent le malinké des Bobo-Dioula, quoiqu’il y ait parmi eux bon nombre de Toucouleur et de Sonninké.
Les femmes dafina sont de mœurs particulièrement légères ; elles ont la réputation de ne jamais refuser une aventure, à la condition toutefois de ne pas être vues. Mes hommes m’ont fait une consommation extraordinaire de corail dans ce pays, ils avaient toujours quelque cadeau à donner.
Comme j’étais forcé de payer leurs fredaines, j’avais un moyen de contrôle qui ne me laissait aucun doute sur la moralité de mes voisines et des jeunes femmes dafina en général.