J’ai profité de la présence de Sonninké ici pour me faire préparer une peau de bouc pleine de basi (couscous[89]). Ce mets, si précieux au voyageur, est difficile à se procurer dans les pays que j’ai traversés, les femmes ne sachant pas le faire. On me procura aussi quelques patates, car sur le marché qui se tient tous les soirs il n’est possible d’y trouver que du mil, de la cotonnade, du savon, du soumbala, des niomies, etc.

A Ouahabou il n’y a ni commerce ni industrie, c’est à peine si l’on fabrique quelques étoffes en bandes blanches ou rayées bleu et blanc, pour les besoins locaux. Le sel et le kola viennent de Ouaranko et ne sont obtenus pour cette raison qu’à un prix exorbitant : le sel vaut 10 francs le kilogramme, et le moindre kola 50 à 60 cauries. Les Dafing de Ouahabou vont commercer sur les routes Djenné et Bandiagara-Dioulasou ; quand ils ont acquis un ou deux captifs, ils s’occupent de leurs cultures et ne voyagent plus que rarement.

On m’avait parlé d’une industrie spéciale au Dafina, de la préparation de la soie en écheveaux et d’un tissu en soie appelé tombo foroko fani[90]. Voici en quoi consiste cette industrie : Le ver à soie existe dans le Soudan et a été signalé par presque tous les voyageurs, mais les noirs ne connaissent pas l’élevage de ce précieux insecte. Ils se bornent à récolter les cocons sur les tamariniers et sur les mimosas, dont ces insectes mangent la feuille. Dans le Dafina, le ver à soie existe peu, les cocons sont récoltés dans les forêts du Gourounsi et achetés par les Dafing, qui filent la soie comme ils préparent le coton. On en fait une grossière étoffe qui, teintée à l’indigo, est portée comme pagne par les femmes ; elle ne ressemble en rien à une soierie : l’œil le plus exercé ne la distinguerait d’un tissu en coton qu’après un examen attentif. Ce pagne coûte cependant très cher, de 20 à 30000 cauries, et semble être recherché par les femmes du Dafina.

Quand on n’en confectionne pas de tissu, la soie est préparée en écheveaux et vendue écrue à Djenné ou à Sâro. Cette soie, teinte en plusieurs nuances, sert en partie à broder les doroké et à les orner de lomas[91].

A ce propos je ferai remarquer que Barth et d’autres voyageurs disent que c’est avec cette soie indigène teinte en vert que sont brodés les dorokés dits de Sansanding. C’est une erreur : la soie verte en écheveaux est importée d’Europe ; le Soudanais ne connaît pas la teinture verte, il ne sait teindre et obtenir que diverses nuances de bleu, le noir sale, le jaune, le rouge brique, le rouge rouille, diverses nuances de brun et le rouge brun.

1o Les nuances bleues sont obtenues avec l’indigo, soit pur, soit mélangé à diverses feuilles d’arbres qui donnent, suivant le dosage, toutes les nuances depuis le bleu azur jusqu’au bleu de prusse et cobalt.

2o Le noir est obtenu avec une sorte de sulfate de fer (voir [chapitre Fourou]).

3o Le jaune, à l’aide du safran (voir [chapitre Tiong-i]).

4o Le rouge brique, à l’aide du jus de kola.

5o Le rouge rouille n’est employé qu’à Djenné, dans le Fermagha et le Macina ; il sert à teindre la laine qui entre dans la confection du kassa, tapis ou couvertures que l’on nomme kassa.