Il existe aussi ici une variété d’ânes à robe grise de l’espèce nommée en mandé sarfatté, mais qui offre cela de particulier avec les ânes du Mossi, du Bakhounou et du Macina, qu’ils ont tous le museau noir. On les appelle dafing[92]. C’est, m’a-t-on dit, cette variété d’ânes qui a donné le nom de Dafina au pays, et de Dafing aux gens qui l’habitent[93].

Nous avons déjà parlé des Bobofing et des Bobo-Dioula, il nous reste à dire quelques mots sur les Bobo-Niéniégué et les Bobo-Oulé.

Les Niéniégué diffèrent peu de leurs voisins les Bobofing. Comme chez ces derniers, on peut observer toutes les faces, tous les profils et toutes les nuances de peau ; ils ont la même coiffure et les dents taillées en pointe. Ils sont également tous de belle taille.

On les reconnaît cependant facilement à leur tatouage, dans lequel figurent les marques du Mossi, du Dafing, du Nonouma[94], du Siène-ré, du Mandé, etc. Leur face n’est plus qu’une vaste cicatrice ; ils ne sont pas uniformément marqués, on distingue trois tatouages différents.

On ne rencontre chez eux ni nez, ni lèvres percés. Ils sont circoncis et non circoncis.

Comme chez les Bobofing, il y a plus de gens nus que d’autres ; les chefs seuls portent pour tout vêtement une couverture en coton en guise de plaid ; à Yaho, les jeunes gens ont une petite jupe, sorte de ceinture en coton à laquelle pendent des franges de trente à quarante centimètres de longueur, de la grosseur d’une forte ficelle ; ces mêmes jeunes gens portent également comme boucles d’oreilles, à chaque oreille, une dizaine d’anneaux de rideaux passés dans un seul trou.

Les femmes niéniégué sont mieux faites, et n’ont pas le buste long des femmes bobofing ; elles fument toutes la pipe.

Le caractère de ce peuple est plus belliqueux ; ils sont redoutés non seulement par les Bobofing, mais encore par les Dafing et les Bobo-Dioula, dont ils sont voisins.

Leurs cases sont mieux conditionnées et tenues plus proprement que chez les Bobofing. On s’élève sur le toit par un escalier en terre, au lieu d’un simple morceau de bois entaillé.

Il existe encore une autre famille de Bobo, appelée Bobo-Oulé, mais je n’ai traversé aucun de leurs villages, situés plus dans le nord. D’après les Dioula et les gens de Ouahabou, ils ne seraient autre chose que des Niéniégué, mais de mœurs plus douces ; ils vivent en bonne intelligence avec leurs voisins et n’inquiètent pas les marchands qui traversent leur pays pour se rendre de Dioulasou à Djenné ou Bandiagara. C’est probablement le contact avec les étrangers qui les a mis sur la voie de la civilisation ; on ne voit plus chez eux de personnes nues et ils s’occupent un peu de tissage et de confection d’objets en cuir, qu’ils vendent à Djenné. Leur langue est l’idiome des Bobo-Niéniégué. Ils incisent leur physique des mêmes cicatrices que les Niéniégué et y ajoutent, sur le front, une croix à simple ou à double entaille.