« L’écriture arabe employée par les gens de Kong est celle dont font usage tous les nègres du Soudan ; elle appartient au genre que j’ai appelé soudani et qui est une des variétés du type maghrebin. Ce qui caractérise ce genre d’écriture, c’est la ressemblance frappante qu’ont conservée bon nombre de lettres avec les caractères correspondants de l’écriture coufique telle qu’elle était usitée vers le IVe siècle de l’hégire. On y retrouve, en effet, la forme rectangulaire des lettres emphatiques qui, dans les autres genres d’écriture, a été remplacée par la figure d’une poire couchée ; les trois lettres djim, ha et kha sont représentées par une ligne brisée au lieu d’une demi-ellipse accompagnée de la partie correspondante de sa normale : le dal et le dzal ont trois branches au lieu de deux, etc.

« Il parait bien difficile, d’après ces observations, de ne point admettre que les gens de Kong, ainsi d’ailleurs que les autres musulmans du Soudan, n’ont pas tiré directement leur écriture du coufique à l’époque où ce dernier caractère était encore usité dans les livres liturgiques, c’est-à-dire au Ve siècle de l’hégire au plus tard. En outre, il est plus que probable que l’introduction de l’écriture arabe et celle de l’islamisme qui l’amenait à sa suite se sont faites directement de Kairouan et non du Maroc ou de l’Algérie, car dans ces deux dernières contrées l’usage du coufique paraît avoir cessé de fort bonne heure pour faire place à une écriture plus élégante et plus cursive. Il serait bien surprenant que les nègres eussent adopté un caractère lourd et disgracieux s’ils avaient eu connaissance d’un type, d’un tracé plus commode et d’une allure plus dégagée. »

[73]Komono veut dire « derrière le Comoé, derrière le fleuve Komo », no est un affixe qui signifie « après ». Nous en avons un autre exemple dans Tagouano, « derrière les Tagoua ». En effet le Tagouano est situé derrière, c’est-à-dire à l’est des Tagoua, qui habitent Ngokho, Mbeng-é et les environs.

[74]Partis le 19 mars, mes deux courriers sont arrivés à Bammako le 20 juin, c’est-à-dire trois mois après. Ils ont reçu partout l’accueil le plus bienveillant ; Pégué, Tiéba et Samory leur ont fait de nombreux cadeaux. Les populations qu’ils ont traversées étaient entièrement gagnées à notre cause. Partout mon passage avait laissé une heureuse impression. Ils ont fait ce voyage sans armes : mes lettres seules leur ont servi de sauf-conduit.

[75]Usage pris aux Mandé musulmans.

[76]Une charge de porteur, femme ou homme, pèse de 25 à 35 kilos.

[77]Les sadioumé sont des échassiers noirs et blancs qui, à l’approche de l’hivernage, viennent nicher sur les gros arbres des villages ; on les appelle vulgairement « oiseaux d’hivernage ».

[78]Pluriel de Peul. Synonymes de Poul, Foulla, Fellata, etc.

[79]Sur les premières éditions de la carte du Dépôt de la guerre, le Borgou était placé dans la région comprise au nord de Djenné entre Sokolo et le Niger.

[80]J’ai appris depuis que c’est Mounéri (frère d’Ahmadou de Ségou).