Dialacoroba est un gros village, au centre duquel se trouve un diassa (palanquement) où réside le chef de cette région, Mahmady Lansiné. On m’apporte de la part de ce chef, qui est en guerre, un bœuf, un mouton, des poules, des œufs et du riz. Ce village contient, en temps normal, environ 500 à 600 habitants ; son chef vit dans l’aisance, mais les Bambara Baniokhola qui constituent sa population se trouvent dans les conditions les plus misérables, comme partout ailleurs.

Après avoir fait les cadeaux d’usage, je quittai ces braves gens pour faire étape au Banifing. Cette rivière est moins profonde que ses deux affluents que je venais de traverser les jours précédents ; elle vient de l’ouest, traverse le Kéléya et prend sa direction sud-nord en arrivant dans le Banan. Elle est aussi connue sous le nom de Banan-ba (fleuve du Banan). Presque tous ses affluents ont leur confluent près de Gouénetou ; c’est cette rivière qui passe près de Bobalé et non le Baoulé (Mayel Balevel) comme l’indiquent certaines cartes. Son confluent avec le Baoulé est au-dessus de Bobalé, à hauteur de Toucoro, près d’un village appelé Ouacoro.

Les chefs de Ourou et de Tiérou envoient leurs griots me saluer.

La région que je viens de traverser est d’un aspect très monotone : pas la moindre petite ride, partout une grande plaine couverte de hautes herbes et parsemée de petits arbres rabougris ; à partir de Dialacoroba, je n’ai plus vu de cé, ni aucun arbre utile. Un peu à l’est de ce dernier village se trouve un mamelon surmonté de deux petits sommets coniques absolument dénudés et dépourvus de végétation.

A Tiérou, où j’arrive de bonne heure, on a nettoyé à mon intention un groupe de douze cases situé à l’est du village. Ces cases, qui sont remarquables par le soin qu’on a mis à les construire, étaient destinées à recevoir l’almamy lors de son passage ici, mais il ne s’y est pas arrêté. Celle que j’occupe est ronde comme toutes les autres, et du diamètre de 7 m. 50 ; son toit en chaume est soutenu par cent vingt chevrons en palmes ban. Dans la cour, les herbes étaient enlevées et l’on avait répandu des cailloux ferrugineux mélangés de quartz ; quelques-uns de ces cailloux renferment des paillettes de mica ; j’en ai pris un échantillon ; ces cailloux ont été trouvés dans le lit du marigot qui passe près des ruines de Téniéko.

Les porteurs qui, du Djitoumo et du Tiaka, se rendent à la colonne, passent à Tiérou, et, de là, vont directement à Bougouni pour y traverser le Baoulé ; ils évitent ainsi le détour qu’occasionne le passage à Ténetou.

A partir de Tiérou jusqu’à Ténetou, le terrain se relève légèrement, à la plaine succèdent de petites rides ferrugineuses, la végétation est un peu plus dense. Les deux rivières Mono que l’on traverse sont garnies de quelques beaux arbres. Le petit Mono n’a que 1 mètre d’eau et 6 mètres de largeur ; l’autre, au delà du petit village de Sibirila (30 habitants), est une belle rivière de 12 mètres de largeur ; on la passe sur un pont assez solide que l’on traverse également quand on a suivi la route ouest. A partir de Sibirila, ces deux routes se rejoignent.

Près du Mono, on aperçoit dans le sud-est un grand mamelon, le Kouroulamini, qui a donné son nom aux environs. Deux heures après on arrive à Ténetou.

14 septembre. — De loin, on prend Ténetou pour une grande ville ; les cases, presque toutes carrées, sont rapprochées les unes des autres ; au centre on aperçoit quelques gros banans (bombax). C’est sa disposition en amphithéâtre qui trompe de loin : au fur et à mesure que l’on approche on est désillusionné.

En arrivant, je me fais indiquer la demeure d’El-Hadj Mahmadou Lamine, qui habite un groupe de cases à l’ouest du village. Bientôt un captif vient m’annoncer que je puis entrer : c’est que le pèlerin a voulu faire un peu de toilette.