C’est un grand bel homme, à la figure ouverte ; il est vêtu à l’orientale : haïk, gandoura, turban et chechia. Assis sur un tapis de Stamboul dans une case très sale, il me reçoit fort bien, et me fait asseoir sur un autre tapis placé en face de lui. Un oreiller maure, en cuir orné, à côté d’un grand flambeau en cuivre rouge dépourvu de bougies et d’un saladier en vieille faïence orné de fleurs, une bouillotte en fer battu, deux Corans et un chapelet complètent la mise en scène. Son accueil est des plus cordiaux. Ce musulman est fort poli : de la fréquentation des gens civilisés en Égypte lors de ses trois pèlerinages à la Mecque il a gardé un certain vernis d’éducation. Ce premier entretien fut naturellement de courte durée. El-Hadj me fit conduire chez le dougoukounasigui, qui m’installa près de la demeure d’El-Hadj, dans un diassa construit à l’intention de l’almamy.
Ténetou est un grand village, d’une malpropreté excessive ; ses rues étroites sont des bourbiers dans lesquels pourrissent des détritus ; la plupart des cases sont inhabitées ; j’estime cependant sa population à 800 habitants, y compris une centaine de marchands de passage et environ autant de captifs. Il y règne beaucoup d’animation, grâce à sa situation exceptionnelle au centre d’une région d’où l’on peut facilement se diriger sur n’importe quel point de la boucle du Niger, et au croisement de tous les chemins fréquentés par les caravanes.
Vue de Ténetou.
Le marché de Ténetou se tient tous les jours : il est à quelques centaines de mètres au sud du village, à droite du chemin de Niamansala.
Il se compose de trois rangées d’échoppes en paillotes ; quelquefois ce ne sont que des séko (natte) placés sur quatre branches fichées en terre qui constituent les abris contre le soleil, car il n’y a pas de gros arbres. Quand il pleut, acheteurs et vendeurs se retirent dans le village.
Sur le marché quotidien on trouve les mêmes articles et les mêmes objets que sur le grand marché de Ouolosébougou, moins le bétail ; cependant une fois j’y ai vu amener neuf bœufs qui provenaient du Fouta-Djallo. Le lendemain les gens qui les avaient amenés repartaient pour Kangaré, n’ayant pas trouvé à les échanger contre des captifs ; il y a aussi moins de denrées ici qu’à Ouolosébougou.
Dans la plupart des abris pourvus d’un toit, il y a des marchands qui vendent de l’étoffe. Leur bagage n’est pas lourd, le tout ne constitue pas la valeur d’une pièce ; ce sont des coupes de calicot blanc anglais, de la guinée, et une sorte de drap rouge très grossier, fait en déchet de laine ; ce dernier article est acheté par les sofa pour en faire des bonnets ; pour quelques centaines de cauries en plus, le marchand fabrique le bonnet et le brode grossièrement sur le devant avec du fil bleu provenant de guinée effilochée. Les vendeurs sont très nombreux, surtout les femmes qui vendent le bois, car le combustible est toujours rare autour des villages un peu fréquentés. Certains lots à vendre n’atteignent pas la valeur de 1 franc. J’y ai vu un morceau de sucre de la grosseur d’une noix duquel on demandait en cauries environ 50 centimes ; il était noir à force d’avoir été touché ; jamais il n’a été vendu pendant mon séjour, et tous les jours je le voyais figurer au même endroit, entre quatre pierres à fusil et huit aiguilles à coudre.
Je n’ai pas vu le grand marché, mais un des fils d’El-Hadj qui m’accompagnait toujours m’a dit qu’il ne différait du marché quotidien que par la plus grande quantité d’acheteurs et un nombre bien plus considérable de femmes qui venaient des environs pour vendre une calebasse de riz ou de mil. Le jour du grand marché, on débite généralement un animal, dont la viande est vendue par petits lots ou en brochettes, on y amène aussi quelques captifs.
Comme à Ouolosébougou, le sel, les kolas et les captifs se vendent dans les cases. Le surveillant du marché, qui est un vieil albinos, sert généralement de courtier pour ces opérations.