La veille de mon départ, une femme qui allait à la colonne et qui venait de Lenguésoro (Ouassoulou) y a porté cinq oranges vertes que j’ai achetées à raison de 25 centimes pièce.

Ici la pièce de 5 francs vaut 2 ba et 5 kémé de cauries (2000) ; la barre de sel coûte ici 42 fr. 50, et la pièce de guinée 24 francs. L’augmentation est peu sensible en comparant ces prix à ceux de Ouolosébougou.

J’allais souvent voir El-Hadj Mahmadou Lamine ; son accueil toujours bienveillant m’y encourageait du reste. Je lui fis quelques cadeaux consistant surtout en papier, carnets, crayons, odeurs, savonnettes, rasoirs, ciseaux, bougies, etc., ce qui n’avait pas peu contribué à me concilier son amitié.

La famille du pèlerin est sonninké et originaire de Silla près Djenné ; lui, est né à Sansanding, mais il a habité Bammako dès sa plus tendre enfance c’est donc Bammako sa patrie, me dit-il.

Plan de Ténetou.

Il a fait trois voyages à la Mecque, et a visité Constantinople. Son premier voyage s’effectua par le Niger, Tombouctou, Aghadès et la Tripolitaine. Dans le second, il traversa Kong, le Mossi, Say, le Haoussa, le Bornou, le Ouadaï, le Darfour et le Soudan égyptien ; enfin, pour son troisième pèlerinage, il passa par Sakhala du Ouorodougou, le Kouroudougou, le Mangotou, Salaga, le Dagomba, le Yorouba et le Noupé, pour de là se diriger sur l’Adamawa, le Ouadaï et le Darfour, etc.

Pour le retour, les itinéraires varient légèrement, mais il a traversé les mêmes régions, autant que j’ai pu en juger, car ce brave El-Hadj parle avec une volubilité surprenante.

La fréquentation d’El-Hadj ne pouvait être qu’utile pour moi ; malheureusement, s’il a beaucoup su, il a beaucoup oublié, et il n’apprend pas grand’chose à ceux qui, comme moi, se sont un peu occupés de la géographie de ces régions, car il intervertit fréquemment l’ordre dans lequel il cite les régions traversées.

Il me donna cependant un bon itinéraire à grandes lignes sur le Mossi. La route la plus sûre passerait, d’après lui, à Tengréla, Gogo, Niélé, Kabara, Léra, Kong, Bouna et Waghadougou (Ouoghodogho de Barth).