La population de Kong est, selon lui, composée de musulmans et de fétichistes. Le nom de tribu des premiers est Sanokho, les derniers sont tous des Ouattara. On y parle beaucoup d’idiomes, mais tout le monde comprend le mandé. C’est une population de marchands ; ils dominent sur de grandes régions, et n’ont de démêlés qu’avec un de leurs voisins, les Tagouara, etc.

Les divers peuples que l’on rencontre de Tengréla au Mossi sont les Sénoufo ou Siène-ré, Samokho, Bobo, Gourounga, Mossi, parlant tous, paraît-il, une langue différente.

Un autre itinéraire mène aussi à Kong, mais il est beaucoup plus long ; il passe à Sakhala (Ouorodougou), Kanyenni, Bânou, Dabakala (Tagono), Mangotou, Djimini et Kong[15].


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Pendant mon séjour à Ouolosébougou, j’appris l’existence d’une très grande ruine, qui, paraît-il, est excessivement vieille ; elle se trouve entre Figuéra et Faraba et à proximité d’un village qui s’appelle Manicoura (Mani nouveau). Je me demandais si ce ne serait pas les vestiges de l’antique Mali ou Mani. J’en parlai donc à El-Hadj, qui me dit que ces ruines étaient relativement récentes, que ce village n’avait rien de commun avec l’ancienne capitale de Mani, qu’il pouvait me l’affirmer.

« Moi aussi, me dit-il, j’ai entendu parler de la capitale du Mani par les anciens, qui m’ont dit qu’elle se trouvait sur la rive gauche du Niger près de Yamina. J’ai vu l’emplacement, qui est très grand. Pour y aller de Yamina, on passe à Kon, Konina, Kondou ; c’est à égale distance de ce dernier village et de Tougouni qu’elle se trouvait. Tu vois que ce n’est pas loin de Yamina ; les uns disent que cette ville s’appelait Mani, Mali, d’autres Nani, Niani, mais le nom sous lequel on la désignait surtout est Nianimâdougou. »

Je regrette d’avoir appris l’existence de ces ruines si tard, sans quoi, étant à Bammako, j’aurais été les visiter et prendre des informations à Yamina.

El-Hadj est peut-être très versé en jurisprudence musulmane, c’est un sévère interprète du Coran, mais j’ai été peiné de le voir d’une rare ignorance sur l’histoire et la géographie de ces régions. Il ne connaît aucun auteur arabe donnant des renseignements sur le Soudan, ni aucun géographe arabe. Le Tarich es-Soudan d’Ahmet Baba lui est absolument inconnu. Cet ouvrage est cependant assez répandu parmi les populations du cours moyen du Niger. Le docteur Tautain vient encore d’en trouver un exemplaire complet dans son voyage à Gombou et Sokolo (nord du Bélédougou). Quant à Ebn Khaldoun, que l’on trouve imprimé et soigneusement relié en maroquin dans la population musulmane de Saint-Louis, il n’en a jamais entendu parler.

Carte de l’emplacement probable de l’ancien Mali.